Depuis plusieurs années que je voyage régulièrement, j'ai commencé à accumuler une certaine expérience des auberges de jeunesse ou hostels. J'ai passé mes cinq premières nuits à Buenos Aires dans deux auberges différentes, le temps de trouver un appartement.
J'ai envie de faire quelques remarques sur ce monde particulier, ce lieu des voyageurs, itinérants et routards venus de toute la planète. Toute la planète, pas vraiment en fait puisque, où que l'on aille, on constate que la population est occidentale, européenne, nord-américaine ou australienne avant tout, ce qui n'a rien d'étonnant. Ceci dit, ici, il y a aussi de voyageurs de la région, venus du Brésil, du Mexique ou du Chili par exemple. Population essentiellement jeune, à petit budget, étudiants en vacances, démissionnaires partis faire le tour du monde en vivant sur leurs économies, couples, groupes ou solitaires, expats à la recherche d'une nouvelle vie ailleurs, tout le monde se retrouve et s'entend sur le bonheur de la découverte d'un nouveau lieu, d'une nouvelle culture et sur l'envie de partager des expériences.
Les auberges de jeunesse me font ainsi penser à un petit cocon douillet, une petite bulle de bonheur où l'on oublie tout pour vivre à cent à l'heure avec les cinquante nouveaux amis que l'on se fait sur place. La conversation s'engage toujours très facilement avec les cinq questions du voyageur: d'où viens-tu, combien de temps voyages-tu, où vas-tu, que fais-tu dans la vie et comment t'appelles-tu? Après avoir discuté avec quinze personnes dans la même soirée, on a bien sûr tout oublié mais, heureusement, on a souvent quelques jours pour reposer les mêmes questions, et peut être creuser un peu plus les rencontres.
Parce que voilà, la durée de séjour moyenne dans une auberge oscille entre deux jours et une semaine, voire un peu plus, si l'on excepte une petite proportion de voyageurs qui vit dans les auberges de jeunesse et y séjourne parfois plusieurs mois d'affilée.
Ce sont donc des rencontres simples, des échanges rapides, mais spontanés et joyeux, facilités par le fait qu'en général tout le monde est d'une extrême bonne humeur.
Le séjour en auberge de jeunesse peut remplacer à lui seul tous les guides de voyages tant les informations que l'on y accumule à partir des expériences de voyage de chacun sont nombreuses. Sans compter tout ce que propose l'auberge de jeunesse elle-même en termes d'excursions, de prospectus et de conseils. A partir des auberges, les voyages se déroulent comme sur des roulettes, avec une facilité presque déconcertante parfois.
Langue véhiculaire pratiquement incontournable: l'anglais, symbole de cette culture internationale qui a fait son lit dans ces auberges. Si plusieurs français se retrouvent, ils ne se priveront pas bien sûr pour troquer cette langue d'emprunt contre leur vraie langue naturelle. Aux cris de "let's go", "come on", "this beer is fucking good, I'll have another one", la troupe des voyageurs migre dans les bars de la ville pour commencer la soirée. Dans un brouhaha enjoué, la soirée continue jusqu'au bout de la nuit. Le lendemain vers 11h, le staff de l'auberge réveille les fêtards de la veille pour qu'ils laissent la place au personnel du ménage ou parce que c'est l'heure du check-out. Au ralenti, les groupes se retrouvent pour aller se balader dans la ville l'après-midi.
Un trait qui prime donc les auberges: la vie communautaire. Chacun s'oublie, se laisse absorber par la dynamique de groupe. En auberge, on renonce pratiquement à toute intimité. Douche-toilette en un quart d'heure (sauf pour les inconditionnels qui font patienter les autres). On dort quand on peut, car chacun a des horaires de coucher et de lever différents. On se retrouve dans les parties communes, salon, cuisine, jardin pour faire connaissance, discuter et prendre des verres. On doit s'adapter aux autres en permanence.
Les auberges de jeunesse sont très enrichissantes du point de vue des échanges qui s'y passent. Cependant, toutes ces auberges connectées à travers le monde entier me font penser à une espèce d'immense plateforme internationale. L'expérience du voyage que l'on y fait semble géniale, mais on demeure sur cette plateforme surélevée, souvent décalée par rapport à la réalité des lieux sur lesquels elle est établie.
Cela dépend ensuite des auberges et des gens qui s'y trouvent. Entre l'auberge-usine du type hostelling international, avec son bar au rez de chaussée ouvert 24 sur 24 et où les rapports peuvent tendre à la superficialité et à l'obsession de la fête permanente et les petites auberges familiales où les gens prennent le temps de se connaître et restent en général plus longtemps, chacun peut y trouver son compte.
Plus le temps passe, plus je me dis cependant que voyager dans les auberges de jeunesse dans différents endroits du monde, c'est un peu comme si l'on déroulait toujours le même film dans des décors différents.
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