mercredi 3 février 2010

San Telmo-Montserrat

Allez, parlons un peu du quartier où j’habite. J’ai dit qu’il s’appelait San Telmo, en fait j’habite un peu plus au nord de San Telmo à deux cuadras du centre, dans un quartier dénommé Montserrat. Passons…

Dans cette zone va-t-on dire, première observation tout à fait pratique, issue de mauvaises expériences réitérées : toujours regarder où l’on marche, sous peine de trébucher ou de se râper les pieds contre une dalle. Il y a des trous partout, les trottoirs sont très irréguliers. Résultat : je ne peux pas vous parler du quartier, je n’ai rien vu !
Non, disons qu’ici surgit un dilemme insurmontable car on voudrait lever le nez tout le temps pour apercevoir les charmantes façades bigarrées se succédant le long des rues. L’architecture n’est pas mon fort. Style colonial, fin 19ème ? Un mélange de style souvent, des balcons ornés, des colonnes, des moulages, un peu baroque peut-être. Les immeubles portent très clairement la marque du temps, certains sont laissés à l’abandon, d’autres sont à moitiés détruits ou les murs lézardés. La peinture s’écaille ou porte la teinte noirâtre des âges. Ces vestiges d’une époque glorieuse procurent au quartier son charme suranné.

Les rues, hormis les grandes avenues qui quadrillent par parallèles tout la ville, sont plutôt étroites. Y déboulent à toute allure collectivos, radio-taxis et vieilles voitures. Des deux-roues se fraient ponctuellement un chemin parmi eux sans que l’on comprenne comment ils survivent. Ah oui, deuxième observation pratique valable pour toute la ville : TOUJOURS TOUJOURS regarder quarante fois avant de traverser ! Ici, priorité aux véhicules motorisés, aucune piété pour les passants qui doivent se ruer sur le trottoir d’en face lorsque le feu passe au rouge ! Les têtes en l’air doivent s’adapter s’ils veulent vivre…

Montserrat, plus que San Telmo peut-être, se présente comme un quartier simple et habitable. On y trouve très peu de boutiques modernes, les banques se distinguent par leur absence presque totale, sauf si l’on se dirige vers le centre, de même que les grands magasins ou les bureaux d’affaires. En revanche, les petits restos à empañadas ou pizzas, des supermercados, les kioscos, les lavadorias, les estacionamientos, les étals de légumes, se succèdent dans chaque rue. Quelques centres culturels minuscules dont l’on ne sait parfois pas s’ils fonctionnent encore, ou quelques locaux politiques, ou encore quelques milongas ou théâtres discrètement nichés dans les étages se joignent parfois au décor.

Les restos, bars et boutiques plus clairement à destination des touristes croissent en nombre lorsque l’on se rapproche de la partie touristique de San Telmo, soit la Plaza Dorrego et les rues avoisinantes telles que Chile, Defensa, Peru et Independencia. A la Plaza Dorrego, professionnels et amateurs viennent régulièrement danser le tango tandis que chaque dimanche s’y tient la feria d’artisans venus de toute l’Amérique du Sud. La place est agréable, mais vraiment trop touristique à mon goût. Dans la rue Chile, à deux cuadras d’où j’habite, j’ai jeté mon dévolu sur un café-restaurant nommé La Poesía, sûrement en raison de son charme français ou européen… Il est d’ailleurs classé « café notable », appellation dont j’ai appris l’existence hier et qui concerne un petit nombre de restos de la ville, protégés pour leur caractère ancien et culturel. Dans la rue Independencia, une de mes colocs m’a fait découvrir une glacerie bien appréciable en ces jours de chaleur torride. J’avais cru au premier regard que c’était un resto japonais (bien que, drame personnel, il n’y en a quasiment aucun à Buenos Aires) parce qu’elle s’appelle Sumo. En fait non, rien à voir, pour ceux qui connaissent, Sumo désigne ici un groupe argentin de rock super connu, créé dans les années 80. Je vous recommande vivement d’ailleurs ! En ce qui concerne les glaces…, influence italienne oblige, elles se défendent très bien !

Plus au sud encore de San Telmo, lorsque l’on s’avance vers le Parque Lezama qui marque la coupure d’avec le quartier de la Boca, les rues respirent mieux. Les constructions sont plus basses et les édifices mieux conservés, aux façades plus nettes. Enfin encore une fois, c’est très variable. Et bien sûr, la grande caractéristique du quartier provient de sa forte concentration en boutiques d’antiquaires, vieilleries diverses que l’on trouve notamment réunies dans le marché couvert près de la Plaza Dorrego. Les poubelles éventrées, les terrains vagues et les graffitis se joignent ponctuellement au décor. Il y a un grand nombre de cartoneros ici, de gens qui font les poubelles pour récupérer ce qui est recyclable et le revendre, le carton en l’occurrence comme l’indique le nom, je crois, mais je n’en sais pas beaucoup plus pour l’instant. Je sais en revanche qu’il y a des coopératives de cartoneros et que certains sont encadrés par des ONG.

Un de mes grands plaisirs ici : me poser sur le bord surélevé de la terrasse le soir, le temps d’une dernière cigarette et regarder ma rue et ses voisines, les bus, les camions de poubelles passer, les gens qui traînent dehors, calme animation nocturne, cycle quotidien de la vie urbaine. A l’angle d’en face, repose un immeuble abandonné, la partie intérieure laissée à découvert donne l’impression d’un édifice-fantôme. Les briques anciennement rouges semblent calcinées, mais je crois que c’est simplement à cause de l’érosion, la poussière et la pollution. Quelques mauvaises herbes ont fait leur nid au sein des pierres. J’entends parfois de la musique surgir du linge étendu sur leur terrasse par les voisins de l’immeuble adjacent. En tendant le cou, je peux également apercevoir le début du centre tandis que tout autour de moi je peux voir les bâtiments se découper dans le lointain.

Bon vous l’avez compris, j’aime beaucoup mon quartier !

2 commentaires:

  1. Très agréable à lire ! Ça serait au top si tu pouvais poster des photos. J'étais pas au courant que les ritals avaient investi Buenos Aires pour amener des glaces. Ils sont partout ces cognos !

    J'espère que tu vas bien, à te lire je pense que oui. Continue en tout cas, ça me donne envie de voyager.

    Bises
    Aurel

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  2. Coucou Aurel!

    Eh oui, l'immigration italienne a été très forte à Buenos Aires. En plus des glaces, ils ont laissé les pizzas, et ça c'est vraiment chouette! Bon, après, c'est rarement du niveau de l'Italie je pense...
    C'est vrai que ça manque de photos, je vais essayer de partir en expédition photo bientôt. C'est un peu bête d'acheter un appareil avant de partir pour pas s'en servir...

    Sinon, oui je vais on ne peut mieux ici! J'espère que tout se passe bien de ton côté également.

    Bises
    Lucie

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