vendredi 17 septembre 2010

« Los lápices siguen escribiendo » (les stylos continuent à écrire)




Hier, jeudi 16 septembre 2010 à partir de 18h00, le centre de Buenos Aires a rugi. Il a rugi des cris et des roulements de tambours lancés par près de 30 000 étudiants, professeurs et militants divers venus de la capitale, de la province de Buenos Aires et de l’intérieur du pays. Partant de la Plaza del Congreso (le Parlement), la foule s’est emparée de l’Avenida de Mayo et a marché jusqu’à la Plaza de Mayo où l’attendait une Casa Rosada illuminée en rose (Palais gouvernemental) qui semblait flamboyer. Au long du parcours, la foule survoltée brandissait banderoles, drapeaux, écriteaux et stylos géants.



Ce 16 septembre était en effet le jour de la commémoration des 34 ans de La Noche de los Lápices (la nuit des stylos). Ainsi a été nommée la série de séquestrations de dix étudiants du secondaire survenues à la Plata (ville proche de la capitale fédérale) le 16 septembre 1976 et les jours suivants. Les adolescents furent emprisonnés et torturés, six disparurent tandis que quatre ont survécu. L’épisode constitue un des exemples les plus forts de la sauvage répression qui fut menée durant la dictature militaire argentine. L’affaire fut portée à la connaissance publique en 1985 après le témoigne d’un des survivants (Pablo Díaz) lors du procès des juntes. Elle a donné lieu à un film « La Noche de los lápices » en 1986. La majorité des victimes étaient des militants ou ex-militants de l'Union des Etudiants du Secondaire. En 1975, l’UES et d’autres groupements avaient réclamé au Ministère des travaux publics l’attribution d’un billet de bus avec une réduction pour les étudiants du secondaire.

Une date symbolique qui intervient en pleine lutte étudiante et professorale contre le gouvernement de la capitale (Macri) et du pays (Christina Kirchner). Depuis plusieurs semaines, se succèdent en effet prises de lycées et d’universités de Buenos Aires. Près de 30 lycées sont actuellement occupés. L’événement déclencheur a été l’effondrement du plafond des toilettes d’un des lycées. Il s’agit ainsi littéralement de lutter contre « los techos que se están cayendo » en réclamant l’augmentation du budget dédié à l’éducation publique afin de réhabiliter les édifices et payer les professeurs (qui ne sont pas rémunérés et dispensent leurs cours à titre honorifique). Le mouvement s’est structuré, organisé et a rapidement pris une ampleur qui surprend les initiateurs eux-mêmes.

La colère des mobilisés est alimentée par l’attitude du Gobierno de la Ciudad (municipal) dirigé par Mauricio Macri qui, au lieu de prêter attention aux demandes des étudiants et des professeurs, tente de stigmatiser, diviser et réprimer le mouvement. Déjà traité de « facho » et de « conservateur » en raison de sa politique sécuritaire et de ses opérations de merchandising de la culture, Macri est plus impopulaire que jamais auprès des jeunes qui réclament son départ (on pouvait lire entre autres « Andate Macri » sur les murs bombardés de graffitis). Pour sa part, la présidente de la nation Cristina Kirchner conserve le silence pour laisser les attaques retombées sur son maire avec lequel elle entretient un bras de fer politique féroce (Macri compte se présenter aux prochaines élections présidentielles). Une posture qui ne trompe pas les étudiants et militants puisque, si le budget des secondaires de Buenos Aires dépend de la municipalité, celui des universités dépend quant à lui du gouvernement national.

« Los lápices siguen escribiendo » ont clamé les jeunes étudiants et militants qui ont pris la parole sur la Plaza de Mayo. Les revendications des « compañeros » de 1976 ont été reprises par les étudiants d’aujourd’hui : la lutte pour le droit à l’éducation demeure la même et continue. Ces étudiants prisent l’éducation pour ce qu’elle doit être : émancipatrice. Les discours proférés hier sur la Place m’ont fait trembler. Sur la base de la lutte pour l’éducation, c’était toute une nouvelle génération consciente d’elle-même et de sa force qui s’exprimait (et qui s’exprimait tellement bien !). Une génération jeune mais à la mémoire vive, une génération réclamant les stylos avec lesquels elle compte bien écrire l’histoire de son pays.

En bon technocrates, Macri, et les médias (qui lui sont en grande part favorables) ont osé reprocher aux étudiants « la politisation » de leur lutte et de leur mouvement. « Bien sûr que notre lutte est politique et bien heureusement qu’elle l’est» se sont empressés de préciser les jeunes qui se sont exprimés ! Clairement, les discours penchaient bien à gauche. Si la cible des critiques était Macri, la politique de Cristina Kirchner n’était pas épargnée, loin de là. Par exemple, le leitmotiv de l’assujettissement aux intérêts étrangers reflété dans le paiement de la dette extérieure et dans l’implantation d’entreprises étrangères sur le territoire argentin.

Un coup d’œil sur les journaux du lendemain ? Dans Clarín et La Nación, deux des principaux quotidiens alliés à Macri : la déploration du climat de haine et de violence de la mobilisation, la dégradation des murs de la ville… Página 12, le journal favorable au gouvernement national : tout contre Macri, rien sur les critiques de Cristina… Aux « noticias » de la nuit à la télé, quelques minutes bâclées sur la manifestation pour enchaîner sur l’arrivée du iPad en Argentine présentée par une jeune blonde au décolleté plongeant… La lutte des étudiants en Argentine a encore du chemin à parcourir avant d’obtenir l’attention de tout le pays et de pouvoir expliquer son message…. certainement.



Néanmoins, tout simplement, hier, les jeunes mobilisés n’ont pas eu peur d’affirmer leur ambition de construire une société, un monde plus juste. Faudrait-il déplorer cette ambition parce qu’elle serait démesurée ? En ne craignant pas d’être taxée d’idéalisme, la jeunesse argentine avance. Elle n’a pas le temps de penser à l’échec, elle lutte pour une autre vision du monde qu’elle se forge au quotidien.

Et moi, française déçue de son pays, je respirais de tous mes poumons cet élan d’espoir et de mobilisation. Il me semblait voir la Casa Rosada trembler avec le microphone. J’ai repensé aux mobilisations contre le CPE et la LRU, au discrédit et à l’isolement dont on a frappé les jeunes, aux divisions entre les mouvements étudiants et syndicaux, au passéisme de beaucoup de professeurs et à l’échec final de la lutte qui a déçu une bonne part de notre génération, une génération aujourd’hui déshéritée et désœuvrée qui donne aujourd’hui tous les signes de malaise et que personne n’écoute hélas… Ce que j’entends de la France à l’étranger, c’est des successions d’affaires (Weil, Bétancourt…), l’expulsion des Roms, la réforme de la retraite, du remboursement des soins de santé… Et pourtant, nous les jeunes, il faudra bien qu’on reprenne la parole, un jour. Hors de l’impasse triste et maussade que nous propose la gérontocratie qui nous gouverne, il faudra nous aussi qu’on prenne nos stylos et qu’on pense au monde à reconstruire.

dimanche 15 août 2010

Comment passer la frontière bolivienne en trois heures....

Hey! Bon, tant pis pour le respect de la chronologie, je suis trop à la bourre, j écrirai ce qui me chante quand je pourrai...

Là j'ai envie de parler de mon passage matinal de la frontière peru-bolivienne. Un bordel! Bon, déjà je prévois d'écrire un truc sur les complications et arnaques qui attendent le touriste à chaque coin de rue du Pérou...

De retour à Cuzco de notre périple de trois jours pour nous rendre jusqu'au Machu Picchu, on prend la direction du terminal de bus. Aux revoirs un peu difficiles avec le couple et la jeune fille qui tenaient l'auberge où on était et qui ont fait partie des péruviens les plus sympas qu'on a rencontrés.

Pour se rendre en Bolivie en venant de Cuzco, il y a à peu près deux options: prendre un bus Perúrail jusqu'à Puno, la ville péruvienne du lac titicaca la plus proche de la frontière, y arriver sur les coups de 4h du mat et attendre deux heures un autre bus jusqu'à Copacabana ou la Paz, on profite alors des bus inclinables et larges de la compagnie mais pour une nuit coupée; 2ème option, prendre un bus Littoral qui va direct à Copacabana mais avec un confort restreint.

On choisit la deuxième option. En fait, une fois au terminal et l'heure de départ approchant, on ne voit toujours pas de bus Litoral affichant Copacabana comme destination. Ah, en revanche un bus Litoral en direction de la Paz vient de se garer! Etrange! Ah bah non, on nous explique que le bus ne sera pas direct, qu'au moment de la desvía, ceux qui vont à Copacabana seront mis dans un minibus. Ne vous inquiétez pas, "no pagaran un centavo!" "Ah, gracias". Soit-disant parce que le bus de Copacabana n`était pas arrivé. Moi, je suspecte que c'était pour faire du remplissage car on était peu à aller à Copacabana...

Bref bref... Il s'avère que le bus Litoral est confortable, à part qu'il n'y a pas de toilettes (pour plus de 7h de trajet). De toute manière, j'ai fini par prendre l'habitude de dormir partout et on est toujours crevée passées les 21h... On a meme le droit à une couverture ce qui n'arrive pas souvent! On est ensuite effectivement transvasé dans un minibus vers les 6h du mat je crois.

J'essaie d'entrouvrir les yeux pour regarder un peu le paysage: l'azul incroyable du lac Titicaca au loin, les monts et montagnes sèches environnantes que le soleil levant commence à éclairer, quelques baraques, chiens et paysans matinaux, des déchets sur le bord de la route (comme d'habitude)...

A l'approche de la frontière, on apercoit une file immense de voitures, des gens sortis prendre l'air au milieu des pouces pouces, moto-taxis qui défilent à contre-sens. L'animation et l'effervescence soudaine me sortent un peu de ma léthargie.

On nous fait descendre. Au passage on perd un peu le groupe lorsqu'Annelise remet son sac de couchage dans son sac. On les retrouve dans le poste de la migration.

Et là... j'avaie envie de m'arracher la tete. Qu'ai-je fait de ce fameux petit bout de papier blanc qu'ils m'ont donné (sans rien dire bien sur) quand l'avion attérissait à Lima? Ce papier d'entrée qu'il faut absolument remettre lorsque l'on quitte le territoire sous peine d'une multa (amende)? Je le savais, mais mon sac est plein à rabord... Je cherche en pestant pendant que le groupe attend... Fausse joie, le gars me redonne le meme papier blanc que je remplis en pensant que tout était vite résolu finalement. Il m'envoie le faire tamponner à un autre poste. Je reviens, il me donne un papier vert et je dois retourner à l'autre poste. Là la femme comprend que je n'entre pas sur le territoire mais que je sors et m'exige à nouveau le papier originel... Je me remets à chercher... J'ai honte de faire attendre tout le monde...

Je renonce et vais la voir. Ok, une amende de 5 dollars c'est pas grave. Mais en fait, pour payer, on m'apprend que je dois aller au Banco de la Nación au pueblo d'á coté. Au passage, le jeune garcon responsable du minibus m'apprend que le groupe ne peut plus m'attendre et qu'ils reviendront nous prendre Annelise et moi après. Une seconde femme que je n'avais pas encore vu me fourre dans un moto-carosse-taxi en me disant qu'elle m'attendra au meme endroit à mon retour. Elle blablate avec le chauffeur et voilà que je me retrouve à dévaler dans l'autre sens la rue au milieu et sur les cotés de la file de voitures.

Le pueblito n'est pas si près que ca. Arrivée devant la banque, je constate qu'elle est toujours fermée. Il est 8h, le chauffeur me dit qu'elle ouvre à 8h30 et qu'il ne peut pas m'attendre... Bon... je me retrouve à faire la queue avec les villageois. Je m'occupe en regardant l'animation matinale de la place municipale: déambulation des petites femmes en tenue traditionnelle (grande jupes superposés, colants de laine épais, tresses et chapeux ronds) arrivant en pouce-pouce et des hommes en noir à chapeaux de feutre, installation d'une petite estrade et test du son ("hola, hola! cuantro, cinco, si hola"), passage des policiers devant la banque discutant d'un air sérieux sur leur portable moderne...La file d'attente grandit peu à peu. A 8h30 entre le personnel de la banque... J'ai beau plaquer ma figure contre la vitre pour bien montrer que des gens attendent, ils ouvrent finalement à 9h. En deux minutes, je paye, en nuevos soles, la fameuse multa ridicule qui a causé tout ce périple et je pars à la recherche d'un nouveau taxi-moto pour retourner aux migracions...

Bien sur, à mon retour, plus personne ne m'attendait bien sur à part Annelise, la pauvre, qui était restée plantée sur un parapet avec nos deux gros sacs et que je retrouve en train de lire le Lonely Planet. De toute manière, on voit qu'il y a pleins de colectivos pour rejoindre Copacabana.

Quelle organisation! Passé du coté bolivien, on tombe sur un type ultra sympa qui nous remet un papier vert, qu'attention, il ne faudra pas perdre! "Si, si, lo entendí muy bien eso!"

lundi 9 août 2010

Journée á Lima

Nuit plus ou moins reposante. C'est toujours le même problème avec les dortoirs, tout le monde a des heures de lever et de coucher différentes.



Notre hostel était situé dans le quartier excentré de Barranco, que le guide du routard décrit comme le quartier le plus charmant et bohême de Lima.



On avait trop entendu que Lima était une ville sans grand intérêt et de plus dangereuse donc on a préféré aller dans ce quartier. De fait, on gardera une bonne image de Lima, de ce quartier du moins car on n'a même pas mis les pieds dans le centre... Le quartier est petit et tranquille, au bord de la plage. Il est traversé par deux grandes avenues principales oú s'alignent commerces, banques et bars pour la nuit. On se rend dans une agence qui nous apprend qu'on ne peut pas partir á Cuzco le soir même comme on le désirait ni le lendemain car du fait de la fete nationale qui a eu lieu juste avant notre arrivee fin juillet, il n'y a plus de place dans les bus.
Bon, on ira à Arequipa alors...

Ceci réglé, on commence à se balader. Au déjeuner, on goute le fameux ceviche, un plat à base de poisson crus, de fruits de mers accommodé avec beaucoup d'oignons et de citron. Émerveillées au début par cette fraicheur gustative, on finit par être un peu écœurées... surtout après qu'Annelise se soit enflammée la bouche pendant un quart d'heure à cause d'un piment pris pour un poivron...On nous a appris ensuite que les péruviens faisaient exprès de le mettre dans les assiettes des touristes...



Balade dans un marché artisanal un peu classe ou il y avait de très jolis vêtements un peu du même style que ceux qu' on trouve en Uruguay. Il est 4h de l aprem? Ouais, bon, le petit stand de cocktails donne envie... C est l'occasion pour Annelise de découvrir le pisco sour, un cocktail que je croyais chilien parce que mon coloc chilien l'avait déja préparé. C'est a base de pisco, un alcool qu'apparemment donc on trouve à la fois au Chili et au Pérou, mélangé avec du blanc d'oeuf, du citron et du sucre, je crois... Ca donne un cocktail frais et mousseux, délicieux quand il est bien préparé. On poursuit avec un maracuya sour, histoire de profiter des fruits locaux...



Lima est connue pour son fug permanent, a cause de la rencontre des masses d air chaude et d air froid de la mer et de la montagne, je crois... Cette espèce de brume donne l'impression que la ville est sous un couvercle, rapetissée par un ciel blanc permanent. Il y a beau avoir de la verdure dans les rues etc... l'atmosphère est un peu oppressante.

Dîner dans une sorte de marché sur la place principale de Barranco. Le Pérou est connu pour offrir une des gastronomies les meilleures d'Amérique du Sud. Il y a beaucoup d'influence asiatique, comme le fameux chaufa ou sauté de riz avec de la viande, du poulet et des légumes, et beaucoup d'épices. La nourriture est donc en général plus relevée que dans les autres pays de la région, comme l'Argentine par exemple...




La nuit est tombée. On continue à se balader un peu, sur le pont des soupirs,un joli pont en bois éclairé par quelques lanternes, apparemment la croisette romantique des limasiens? euh des gens de Lima...Cet endroit m'a curieusement rappelé la Chine, notamment la ville de Leijang
avec ses ruelles pavées charmantes et ces lampions rouges. Juste avant le pont, il y avait d'ailleurs une exposition de masques grimaçants colorés qui avaient vraiment l'air chinois. Influences étrangères à creuser...

Retour à l'auberge pour prendre un bus en direction d'Arequipa aux aurores...

Départ de Buenos Aires et arrivée á Lima

Bon, il est temps de réveiller un peu ce blog. A peine en début de rémission d´une bronchite-sinusite tenace qui m'a envoyé faire un tour á l´hopital puis chez le médecin, j'ai pris l'avion le 30 juillet en direction de Lima.

Escale de plusieurs heures á Santiago de Chile dans un aéroport grand et moderne, le temps de continuer á user quelques dizaines de mouchoirs et d'entamer mon guide du routard pour commencer á me faire une idée de ce que j'avais vraiment envie de faire lá-bas á part le Macchu Picchu.

Arrivée á Lima vers 1h10 du matin aprés avoir récupéré mon sac. Et lá, petit probléme, je ne vois ni Annelise avec qui on devait se retrouver á l'aéroport, ni le chauffeur de taxi censé avoir été envoyé par l'hostel...Le guide avertit sur les faux taxis etc... Je me dirige donc vers la compagnie Green je ne sais quoi qui avait son guichet dans l'aéroport et je rentre seule á l'hotel.

Joie, Annelise était bien déja arrivée a l'hotel comme je l'imaginais. Je la retrouve couchée dans le dortoir. Calin et clope rituelle de retrouvailles et dodo!

vendredi 16 juillet 2010

Légalisation du mariage homesexuel en Argentine! Petit Journal

SOCIÉTÉ - L'Argentine dit oui au mariage gay

L'Argentine est le premier pays d'Amérique latine à légaliser le mariage homosexuel, avec le vote de jeudi matin, à l'issue d'un débat-marathon au parlement. Ce texte a provoqué – en vain – une virulente opposition de l’Eglise catholique

D’un côté comme de l’autre, tout le monde s'est mobilisé. Mardi en fin de journée, des dizaines de milliers de personnes (200.000 selon les organisateurs), facilement identifiables à leurs foulards oranges, se massaient place du Congrès, à Buenos Aires pour manifester contre le mariage gay. Parmi eux, de nombreux jeunes, brandissant des slogans enflammés sur "la création par Dieu de l’homme, la femme et la famille" et "le respect de la loi naturelle de Dieu". Depuis plusieurs jours déjà, des affiches placardées sur les murs de Buenos Aires proclamaient : "Nous voulons un papa et une maman". Un message de la même eau de l'archevêque de Buenos Aires, Jorge Bergoglio, a été lu à la tribune et ovationné. En comparaison, les manifestants "pro-gay" rassemblés au même endroit, le lendemain, jour du vote, avec ses couples enlacés (homos et hétéros confondus), ses consignes amoureuses, sa scène musicale et sa bonne humeur contagieuse, avaient des allures… d’enfants de chœur !


Vote serré
La présidente Cristina Kirchner, dont le gouvernement soutient le projet, a contre-attaqué l'Eglise, avec qui elle entretient des relations conflictuelles, jugeant que ses arguments renvoyaient à "l'Inquisition". Son gouvernement l’a finalement emporté, même si le texte –approuvé par les députés en mai dernier– a fait l’objet d’un vote serré à la Chambre haute. Les sénateurs se sont prononcés en faveur de la légalisation par 33 voix contre 27, avec trois abstentions. Dans le Code civil, les termes "mari et femme" seront désormais remplacés par l'expression "les contractants".
L'Argentine devient ainsi le premier pays d'Amérique latine à légaliser le mariage entre personnes d'un même sexe, accordant à ces couples le droit d'adopter. Sept couples gays se sont mariés depuis décembre dernier (certaines de ces unions sont contestées devant la justice). Buenos Aires est également la première ville d’Amérique latine à avoir voté une loi d’union civile (en 2003) entre personnes du même sexe. Jusqu'à présent, en Amérique latine, seule la ville de Mexico autorisait le mariage homosexuel.

Juliette REYNAL et Barbara VIGNAUX (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) vendredi 16 juillet 2010
http://www.lepetitjournal.com/buenos-aires/a-la-une-buenos-aires/61633-societe-largentine-dit-oui-au-mariage-gay.html

jeudi 24 juin 2010

Actualité Buenos Aires»SOCIÉTÉ – Buenos Aires Gay (2/2)

En quelques années, Buenos Aires s’est imposée comme une destination privilégiée de la communauté gay et la première en Amérique du Sud, avec Rio de Janeiro. Dynamisme culturel, cosmopolitisme, taux de change favorable, charme européen allié à l’exotisme latin… Buenos Aires réunit tous les atouts pour être le "spot gay" à la mode. "Tous mes amis venus en voyage ici se sont bien amusés", commente Hervé, Français de 34 installé à Buenos Aires depuis cinq ans, "en revanche, la vie de gay à Buenos Aires n’est pas si facile". La ville est-elle à la hauteur de sa réputation ? Réponse en deux volets. Aujourd’hui, les limites du Paradis rose

Plusieurs initiatives récentes jalonnent l’histoire de la Buenos Aires gay-friendly. En 2002, la ville a défrayé la chronique en devenant la première d’Amérique latine à autoriser l’union civile entre homosexuels. La chaîne d’hôtels gay cinq étoiles Axel l’a choisie comme lieu d’implantation de son second hôtel. Du port de Buenos Aires est partie en février 2006 la croisière gay Oceana Insigna à destination de Rio de Janeiro. L’Argentine a été à l’initiative du Mondial de Football gay dont le championnat, en septembre 2007, s’est tenu à Buenos Aires. La "diva" argentine Suzana Gimenez a ensuite invité sur son plateau l’équipe argentine victorieuse. La militante transsexuelle Marcela Romera a été reconnue femme de l’année 2009 par la Chambre des députés. Et puis, si on est loin encore des foules de Sao Paulo (1,5 million de personnes), la Marcha 2009 de Buenos Aires a réuni environ 50.000 personnes. Hervé constate : "Aujourd’hui, y assistent ceux qui ne voulaient pas le faire il y a quelques années encore, pour ne pas s’afficher".

Encore fort à faire
A la télévision, enfin, l’image de la folle ou du type tordu, incarnée par exemple par Diego Ramos dans la série Gospel, a cédé la place au couple de séduisants joueurs de foot s’échangeant un beso langoureux dans la série Las Bottineras diffusée il y a quelques mois sur Telefe. Il est donc plus facile d’assumer son homosexualité au jour le jour : "On voit beaucoup plus de couples gays ou lesbiens qui se tiennent par la main, ce qui n’était pas le cas il y a cinq ans", observe Hervé.
Au niveau public et institutionnel, pourtant, il reste encore fort à faire. José, de l’association Nexo, engagée dans la défense des droits des homosexuels, explique qu’en dépit des progrès réalisés ces dernières années, le travail d’information au quotidien sur le VIH fait défaut : "Il n’y a pas de véritable campagne de prévention du VIH, on n’en parle pas. Le taux de contamination reste donc élevé".
En outre, le vent de liberté porteño n’a guère soufflé sur les autres provinces, traditionnellement plus conservatrices. "D’ailleurs, les blagues argentines ont souvent un rapport avec l’homosexualité", remarque Hervé. L’homosexualité est de plus en plus facile à vivre dans des villes comme Mendoza (avec l’élection du rey et de la reina gay de la Vendimia, la fête annuelle du vin), mais reste stigmatisée dans le nord du pays, comme Tucumán ou Salta. José explique : "Il faut lutter contre l’auto-censure en donnant plus de visibilité à cette question", une situation qui incite Nexo à multiplier ses cellules en province.
Enfin, on aborde peu la question des lesbiennes. Au final, un ensemble de disparités que l’image de la ville vedette du "tourisme rose" dissimule parfois.

Lucie ELGOYHEN avec Hervé SEGATA (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) jeudi 24 juin 2010

Sur ce sujet, voir l'article publié hier et notre article consacré au mariage gay, le labyrinthe judiciaire.

Infos gays sur le site de Ville de Buenos Aires : www.bue.gov.ar/especiales/?id=12
Marcha del Orgullo gay : www.marchadelorgullo.org.ar
Plan de Buenos Aires Gay : www.mapabsasgay.com.ar
Association Nexo, Av Callao 339, 5ème étage, tél.: 4374-4484

http://www.lepetitjournal.com/buenos-aires/a-la-une-buenos-aires/60266-societe-buenos-aires-gay-22.html

mercredi 23 juin 2010

Actualité Buenos Aires» SOCIÉTÉ – Buenos Aires Gay (1/2)



En quelques années, Buenos Aires s’est imposée comme une destination privilégiée de la communauté gay et la première en Amérique du Sud, avec Rio de Janeiro. Dynamisme culturel, cosmopolitisme, taux de change favorable, charme européen allié à l’exotisme latin… Buenos Aires réunit tous les atouts pour être le "spot gay" à la mode. La ville est-elle à la hauteur de sa réputation ? Réponse en deux volets. Aujourd’hui, une ville heterofriendly

Tapez "Buenos Aires gay" sur google : des milliers de pages vous donneront une idée de l’ampleur de l’offre touristique destinée à la clientèle homosexuelle internationale. Un touriste sur cinq se rendant à Buenos Aires serait homosexuel, selon l’Office du tourisme de la ville.

Sceptiques ? Consultez la section "Bue amigable" du site Web officiel du tourisme, procurez-vous La otra guía, les Circuitos cortos BSAS gay ou encore l’édition locale de Time Out. Vous y trouverez les spots gays ordonnés par rubriques (véhicules, art et déco, cours, nocturne, fitness, vestimentaire, logement, assos, tango…), au total plusieurs centaines d’adresses pour tous les goûts. "L’information circule bien, mais surtout par le bouche-à-oreille. Tous mes amis venus en voyage ici se sont bien amusés", commente Hervé, un Français de 34 ans installé à Buenos Aires depuis cinq ans.

De l’ambiance intimiste des milongas gay comme la Marshall, à l’Amerika, discothèque pourvue d’un énorme backroom, en passant par le renommé Palacio, à deux pas de l’Obélisque, les options de sorties nocturnes ne manquent pas. En s’éloignant de la capitale, ambiance plus "authentique" dans le rancho gay "Zona X" implanté à Suipacha au milieu de la Pampa et réunissant gauchos, trans, ouvriers agricoles et hommes mariés. Pour les amateurs de culture, passez donc par la Casa Brandon, près du Parque Centenario, un centre culturel gay alternatif à la programmation riche et variée. Stéphane a quant à lui tenu pendant des années un Bed and Breakfast gay à San Telmo : "Ici, on retrouve les mêmes stéréotypes que partout ailleurs – saunas, discothèques, bars, sex clubs – mais avec une dimension plus chaleureuse. A Buenos Aires, l'avantage c’est qu'on peut rencontrer des gays de toutes origines, naturels, plus masculins qu’à Paris".

Heterofriendly
Loin de la culture gay fermée renvoyant aux ghettos du passé, Buenos Aires est vécue comme avant tout heterofriendly. Il n’y a pas de quartier gay à proprement parler, comme le Marais à Paris. En outre, le cosmopolitisme de la ville se reflète dans la communauté gay. Des homosexuels originaires de tout le Mercosur viennent s’installer ici, car il est plus facile d’y trouver du travail et d’y assumer sa sexualité. De plus en plus nombreux également sont les Européens qui essaient de tirer parti d’opportunités commerciales intéressantes. "A Paris, j’avais l’impression de tourner en rond, je m’ennuyais", confie Hervé. Il n’avait prévu de rester que quelques mois à Buenos Aires, mais s’y est finalement installé : "Buenos Aires est plus dynamique et moins communautaire que Paris, et je connais beaucoup de gays qui y ont investi, soit en achetant un appartement, soit en lançant une petite entreprise".
Au quotidien, néanmoins, ce n’est pas toujours aussi facile qu’ailleurs. "Le touriste gay s’éclate, mais la vie gay n’est pas aussi structurée. Il y a moins de clubs de sports, d’associations, de moyens, et plus de discrimination", relève Hervé. Ainsi, hormis le journal engagé Queer, édité par la Fédération argentine de Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transsexuels (FALGBT) et la revue Imperio tournée vers le commerce sexuel, rien de comparable à une revue généraliste, comparable au Têtu français : Guapo, paru il y a deux ans a vite fait faillite.


Lucie ELGOYHEN avec Hervé SEGATA (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) mercredi 23 juin 2010

http://www.lepetitjournal.com/buenos-aires/a-la-une-buenos-aires/60265-societe-buenos-aires-gay-12.html

dimanche 13 juin 2010

J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne

J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne / Estaba en mi casa y esperaba que llegara la lluvia, une pièce de Jean-Luc Lagarce, traduite par Laurent Berger et mise en scène par Stella Galazzi. Au théâtre San Martín…attention jusqu´au dimanche 13 uniquement !


L’insoutenable pesanteur de l’absence

Cinq femmes attendent le fils, le frère, qui s’est enfui à la suite d’une ultime dispute avec le père. Revenu après le décès du dernier, le fils demeure absent, malade ou mort, dérobé aux regards des spectateurs. Cinq femmes de tous les âges, la plus vieille, la mère et les trois sœurs, ressassant des souvenirs pour lutter contre le sentiment de l’absence, cinq vies arrêtées à une journée, celles du départ du jeune garçon. Du souvenir du passé fragmentaire envahissant et asphyxiant le présent jusqu’à interdire tout futur, le langage va, progressivement, s’emparer de la scène. Un langage poétique s’étirant sur la répétition, la litanie, l’imploration, les murmures, s’emportant pour se briser en crises de nerfs et de larmes, distribués entre cinq voix se relayant ou s’entrechoquant pour exprimer toujours un même soupir, un même désespoir.

Pièce de fin de vie, rédigée en 1994 et traitant de l’absence et de l’attente, « J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne », n’est pas étrangère à l’affection que portait Lagarce pour Beckett. Traduite en espagnole et mise en scène à Buenos Aires, la pièce, en plus de son thème universel, reçoit une résonance nouvelle, plus intimement liée à l’histoire du pays, lorsque l’on pense au drame des "desaparecidos".


Une mise en scène sobre et efficace


La pièce est portée par une performance de qualité des cinq comédiennes et une mise en scène qui a su respecter l’importance primordiale du langage en l’accompagnant d’un décor simple et mobile. Une maison occupe en longueur le centre du plateau. Ses deux murs latéraux s’ouvrent et se referment pour faire apparaître une cuisine. L’élément symbolisant la tension centrale de la pièce est figurée par un escalier au centre et au fond de la maison et menant à une chambre à l’étage. Escalier de l’élévation attendue et impossible, lien entre deux mondes demeurant irrémédiablement étanches. De la chambre, le spectateur n’apercevra jamais que la fenêtre, éclairée ou dans la pénombre, afin de suggérer ce jeu de la présence et de l’absence du jeune garçon, en fonction des divagations du discours des cinq femmes. Des éléments à droite et à gauche du plateau complètent le décor pour donner l’impression d’un jardin.
Les costumes sont simples et destinés à caractériser les cinq personnages dont on ne connaîtra jamais le nom : ceux des deux vieilles femmes travailleuses dégagent, lorsqu’elles sont à l’ouvrage, l’ambiance des tableaux de Vermeer tandis que les robes ajustées d’une des grandes sœurs et les converses et le jean de la dernière viennent rompre toute tentative de situer temporellement le drame.
Le jeu des lumières scande le passage des jours et des nuits tandis que la venue finale de la pluie signale un renversement dramatique.


Jean-Luc Lagarce (1957-1995)

Lagarce est un des hommes de théâtre français parmi les plus originaux de la scène contemporaine. Dramaturge, comédien et metteur en scène, il a rédigé vingt-cinq œuvres de théâtre, trois récits et un roman. Il a étudié la philosophie à Besançon, rédigeant dans ce cadre un mémoire de maîtrise sur « Théâtre et pouvoir en Occident », avant de se dédier entièrement au théâtre en fondant « Le théâtre de la roulotte » en hommage à Jean Vilar. Il a mis en scène Beckett, Ionesco, Labiche, Goldoni, Genet… et ses propres écrits. Son écriture et son langage théâtral, du fait de leur caractère novateur, ont fait l’objet d’une reconnaissance posthume. Actuellement, il est l’auteur le plus représenté en France après Shakespeare et Molière et a déjà été traduit dans vingt-cinq langues. Il figure au programme du baccalauréat depuis trois ans. Les pièces de Lagarce sont construites sur des intrigues minces afin d’accorder une pleine puissance au langage, à ses tensions, ses ambiguïtés, ses implicites, ses potentialités.


A ne pas rater, jusqu’au dimanche 13 juin
Comédiens : Graciela Araujo, Marta Lubos, Valentina Bassi, Paula Ituriza, Paloma Contreras
Durée : 90 minutes environ
Teatro General San Martín, Corrientes 1530 - 0-800-333-5254
Vendredi, samedi et dimanche à 20 heures. Prix de l’entrée : 45$

Lucie Elgoyhen

http://www.traitdunion.com.ar/noticiasfr.asp?titre=20795

vendredi 14 mai 2010

39 escalones-Trait d'Union

Le fameux metteur en scène Manuel González Gil et la troupe de comédiens argentins (Nicolás Escarpino, Laura Oliva, Diego Ramos et Fabián Gianola) dont la réputation n’est plus à faire se sont joints pour proposer une version argentine décapante d’humour et d’énergie de la comédie d’Hitchcock, Los 39 escalones. Sortie sur les écrans en 1935, et originalement basée sur le roman de John Buchan et adaptée par Patrick Barlo, mise en scène à plusieurs reprises à Brodway et à Londres où elle a rencontré un succès foudroyant, la pièce est à l’affiche du petit Théâtre Picadilly de l’avenue Corrientes depuis avril.

Synopsis

"Los 39 escalones" est une fiction trépidante qui se déroule lors de la seconde guerre mondiale. Richard Hannay, dandy désœuvré en visite à Londres, décide de se rendre à un spectacle pour tromper l’ennui. A la fin de la représentation, une dénommée Annabella Smith le supplie de l’emmener avec lui et de la cacher car elle prétend être poursuivie par des agents secrets. Une fois dans l’appartement de Richard, elle lui révèle que des informations top confidentielles et vitales pour la sécurité nationale sont sur le point de passer la frontière, mais elle est assassinée dans la même nuit. Craignant d’être accusé, Richard prend la fuite. S’ensuivent une série d’aventures rocambolesques. Richard est en effet rapidement accusé du meurtre de Mlle Smith. La police et les meurtriers à ses trousses, il doit sans cesse dissimuler son identité et changer de lieu. Il lui faut retrouver les espions et faire échouer leur mission, afin de prouver son innocence. Sur sa route, il croise toutes sortes de personnages extravagants et ne manque pas de voler le cœur de diverses jeunes femmes qui l’aident à s’échapper.

Une mise en scène hilarante qui s’expose comme telle


Acteurs qui traînent les portes sur la scène, les passent et en ressortent en souriant au public, qui s’allongent par terre et agitent bras et jambes pour mimer des sables mouvants, qui secouent un morceau de tissu bleu pour manifester un fleuve, voilà quelques exemples de procédés à l’effet comique infaillible. Manuel González Gil a débordé d’inventivité et d’humour afin de proposer une mise en scène qui se manifeste pleinement comme telle. Une manipulation ingénieuse des objets du décor coordonnée à un jeu parfait de quatre comédiens qui incarnent à eux seuls plus d’une centaine de personnages au cours de la pièce. On retiendra la prestation de l´acteur Nicolás Escarpino, parfaitement à l’aise dans son rôle de dandy anglais séducteur invétéré transformé soudainement en Sherlock Homes de circonstance. Les comédiens jouent à merveille la caricature de leurs personnages et semblent à chaque instant se divertir autant que le public hilare auquel ils s’adressent. Les explosions de rire fusent en effet dans le public et s’appuient mutuellement du début à la fin de la représentation. Le tout dans l’atmosphère chaleureuse de la petite salle semi-circulaire du Teatro Picadilly dans laquelle González Gil n’hésite pas à envoyer ses acteurs courir et faire des signes à la régie.
Une pièce esprit Broadway à la sauce argentine et porteña parfaite pour colorer un soir de fin de semaine.

Informations pratiques
Teatro Picadilly, Av. Corrientes 1524, Buenos Aires. Tel: (54 11) 4373 1900
Représentations : mercredi et jeudi à 21 heures, vendredi à 21h30, samedi à 21h30 et 23h30, dimanche à 20 heures.
Prix de l’entrée : 90$

Lucie Elgoyhen
http://www.traitdunion.com.ar/noticiasfr.asp?titre=20565

lundi 10 mai 2010

Un livre pour enfants et un dico. Petit Journal

CULTURE – Un livre pour enfants et... un dico


Le Stand français a l’allure d’une véritable petite librairie gala : douze sections (art, BD, jeunesse, tourisme, cuisine, histoire…), 2.200 titres et plus d’une vingtaine d’éditeurs, rien de moins. On y trouve des Argentins qui n’ont jamais étudié le français, d’autres qui commencent, et quelques francophiles passionnés… Chronique d’un week-end sur le Stand français de la Feria del Libro

Fondateur et directeur de la librairie franco-argentine Las Mil y Una Hojas, Ezequiel Izcovich (lire notre portrait) est en charge de l’organisation et de la tenue du Stand français, avec le soutien du BIEF, le Bureau international de l’édition française : "L’objectif n’est pas seulement de vendre des livres durant la Feria", explique-t-il, "mais aussi de favoriser la diffusion et d’inciter les partenaires locaux à traduire certains ouvrages". Le stand ne désemplit pas. "Ici, il y a de tout. Le public est très varié", commente de son côté Mónica Freyre, déléguée pour le Cône Sud d’Unipresse et de Bayard, présente durant l’événement : "La Feria del Libro est un véritable paseo cultural". A défaut d’acheter des livres (avec, parfois, d’alléchantes réductions), les plus démunis ramènent chez eux une considérable collection de brochures et catalogues.

Les nouveaux lecteurs francophones
Tous les visiteurs du Stand de France sont-ils des francophiles avertis ? Pas du tout, répond Mónica Freyre : "La plupart d’entre eux ne parlent pas français ; pour certains, c’est une manière de se connecter à l’Europe". Ainsi de Romina, une trentenaire qui ne "manque" jamais une Feria del Libro, et est aujourd’hui accompagnée de son mari Oscar et de leur petite fille Sofía âgée de 8 ans. Pendant que sa mère parle, Sofía tourne attentivement les pages bariolées d’On a volé la coquille de Piti l’escargot.
Toutefois, de plus en plus d’adultes étudient le français sur le tard, pour le travail ou les voyages. "Parler français, c’est un plus", souligne un Argentin passant par là. Beaucoup cherchent donc des méthodes de langues, Becherel et autres dictionnaires. "Depuis quelques années, le français a trouvé un nouvel élan", note Mónica. "Des parents argentins ayant inscrit leurs enfants dans les établissements de Mermoz et Martinez, mais qui ne parlent pas français eux-mêmes, profitent aussi de la Feria pour demander conseil au Stand".
Autre motif pour venir à la Feria : "Nous cherchons des livres qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Pour les gens de l’intérieur, c’est encore plus important, car il n’y a pas de bonnes librairies partout. Pas d’avenida Corrientes à Quilmes !" explique Bilma, une avocate quadragénaire, dont le mari, Ricardo, tient une librairie de vieux livres, premières éditions et livres d’occasion.


Les best-sellers

Au hit-parade du Stand de France : les sections "art", "cuisine" et "histoire". Au-delà, il existe un public spécifique disparate, allant de l’étudiant en graphisme ou design à l’intellectuel porteño, en passant par les spécialistes en sciences juridiques ou économiques. D’autres encore viennent spécialement pour renouveler leur abonnement presse et profiter ainsi de la réduction de 20% offerte durant la Feria.
Mais plus que tout, c’est l’étal de livres illustrés qui attire les regards, en particulier les ouvrages en relief ou qui incorporent des matériaux saugrenus comme des poils ou des morceaux de tissu. Un véritable concert de jaune, bleu, vert, rouge, une fanfare d’animaux à poil et à écailles, de princesses, de bébés. Accompagnée de son père Oscar et d’une amie, une adolescente, Madeline, regarde. Oscar désigne J’ai le droit d’être enfant et Tous les humains ont les mêmes droits : "Cette idée de parler des droits de l’homme aux enfants, avec le support d’illustrations, c’est très bien pensé". Mónica commente : "Certains achètent un livre pour enfants et… un dictionnaire pour aller avec !"

Texte et photos de Lucie ELGOYHEN (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) lundi 10 mai 2010


http://www.lepetitjournal.com/culture-buenos-aires/57660-culture-un-livre-pour-enfants-et-un-dico-.html

http://www.lepetitjournal.com/buenos-aires.html

samedi 1 mai 2010

Esperando a Godot - Trait d'Union

De Samuel Beckett. Mis en scène par Berta Goldenberg et issu du travail de l’atelier de recherche théâtral du théâtre Anfitrión.

Une des œuvres majeures du répertoire théâtral français et européen actuellement à l’affiche dans le joli théâtre Anfritrión de Buenos Aires, une occasion à ne pas manquer pour les amateurs ou passionnés du « théâtre de l’absurde » et de Beckett.



Une pièce-phare du « nouveau théâtre » français de l’après-guerre


Pièce en prose écrite en français en 1948 par le dramaturge irlandais Samuel Beckett (1906-1989), et publiée en 1952 au Editions de Minuit, elle est représentée pour la première fois au Théâtre de Babylone le 4 janvier 1952 avec une mise en scène de Roger Blin qui joue lui-même le rôle de Pozzo. Elle a fait l’objet de multiples mises en scène et analyses depuis sa création.

Pièce maîtresse de Samuel Beckett, elle relève de ce que l’on a nommé ensuite le « théâtre de l’absurde » ou « nouveau théâtre », mouvance théâtrale avant-gardiste apparue dans les années 1940 à Paris, ou plus précisément dans le Quartier Latin, autour des pièces de Samuel Beckett et Eugène Ionesco notamment ainsi que celles d’Adamov, Fernando Arrabal ou Jean Genet. Cette mouvance se nourrit du contexte particulier de l’après-guerre, soit du traumatisme et de l’interrogation angoissée sur le sens de l’humanité qui s’en suivent. Elle s’inspire d’un point de vue théorique des écrits d’Artaud et de Brecht et de « la philosophie de l’existentialisme » de Sartre et Camus. Néanmoins, son originalité vient de ce qu’elle renouvelle la dramaturgie en intégrant le questionnement sur l’absurde au cœur de la mise en scène. Dans la continuité d’Alfred Jarry et des surréalistes, ce nouveau style théâtral rejette la caractérisation psychologique des personnages, la cohérence d’une intrigue structurée et la confiance dans le langage propres au théâtre occidental traditionnel. Des personnages-pantins, des lieux vides ou vagues, des temporalités cycliques, absentes ou distordues, des discours et des dialogues sans logique ou incohérents, un comique de répétition, de mime ou de jeux sur les mots sont les traits caractéristiques de ce type de théâtre qui, sous le comique apparent de la mise en scène, pose des questions essentielles sur la condition humaine.


« Synopsis »

Deux vagabonds, Vladimir et Estragon, attendent un dénommé Godot (jeu sur le mot anglais god ou Dieu) qui ne viendra jamais. Dans l’attente, les deux compères cherchent à s’occuper en s’engageant dans des dialogues absurdes, aucun n’écoutant jamais vraiment l’autre. Ils voudraient se séparer mais n’y parviennent pas. Vladimir passe son temps à oublier et Estragon à rappeler. A la place de Godot, passe un duo saugrenu et inquiétant composé d’un maître, Pozzo, et de son esclave tenu en laisse, Lucky. Pozzo se met en spectacle et se sert de son esclave pour divertir les deux compères désœuvrés. Une scène fameuse est celle où Pozzo ordonne à Lucky de penser. Celui-ci s’engage alors dans un monologue fragmentaire et absurde de plusieurs pages jusqu’à ce que les autres personnages exaspérés le forcent à se taire.
La pièce est construite en deux actes, le deuxième étant une variation de la première. Pozzo, devenu aveugle revient sur scène toujours suivi de Lucky, devenu muet. Chaque acte se termine avec le coucher du soleil et la venue d’un messager annonçant que Godot ne viendra pas ce soir mais le lendemain. Le messager ne se rappelle jamais être venu la veille.


La mise en scène

Le décor simple et habituel d’un plateau vide seulement occupé par un arbuste dénudé est maintenu. Peu d’effets techniques sont utilisés, mise à part la lune qui descend et la lumière qui baisse pour indiquer la tomber de la nuit. Les personnages sont vêtus à la Chaplin et ont une allure de pantins. L’originalité et l’effet de surprise de la mise en scène viennent du changement régulier entre quatre acteurs (dont deux femmes) pour les deux mêmes personnages de Vladimir et Estragon, une manière de renforcer la déconstruction psychologique des personnages et d’insister sur le caractère universel de leur enfermement.

Finalement, une mise en scène argentine à partir d’une version traduite en espagnol qui respecte l’esprit et la lettre du texte (à part quelques petites adaptations telles que l’apparition de « boludo »…). Une jeune troupe de comédiens de talents dirigée par une metteuse en scène dont la réputation n’est plus à faire.


Berta Goldenberg

« Comenzó con una simple propuesta: un grupo de alumnos-actores investiga cuales preguntas lo desvelan, lo apasionan y lo motivan a elegir y trabajar un texto teatral, como actores, como artistas, como humanos.
Fue así, tras búsquedas, tanteos, lecturas, ensayos, que “Esperando a Godot” fue descubierta una vez más.
Una vez mas deslumbro, despertó, asombro, interrogo, hablo de nosotros.
Una vez mas esta obra estrenada en Paris en 1953, representada, estudiada, interpretada innumerables veces en innumerables países, fue objeto de conmoción y de revelación incesante.
Buscar el sutil y exquisito equilibrio entre humor y desesperación; lanzarse al juego huyendo de la frivolidad, desprenderse de teorías y escuchar solo al poeta, a sus exactas palabras, a sus silencios…hoy percibimos que esta aventura corrida con total entrega (e interrumpida solo porque alguna vez hay que interrumpir) nos ha recompensado largamente con goces, angustias y alegrías, paradójicos -y creo- muy becketteanos. »
Berta Goldenberg

Berta Goldenberg est issue d’une longue et intense trajectoire dans l’activité théâtrale comme actrice, professeur et metteuse en scène. Elle a commencé comme étudiante avant d’intégrer la troupe régulière du Théâtre IFT. Durant cette période, elle travaille avec la directrice artistique Jaime Kogan et joue dans les productions telles que Historia tendenciosa de la clase media argentina, de Ricardo Monti, Los días de la Comuna de Bertolt Brecht et El señor Galíndez de Eduardo Pavlovsky. La troupe est invitée à représenter ce dernier spectacle au Festival de Nancy. S’en suit une tournée en France et en Italie. L’œuvre est ensuite jouée en même tant que le spectacle pour enfants “Rajemos, Marqués, rajemos”, de Jorge Goldenberg- dans le cadre d’une tournée en Amérique Latine qui se termine au Festival international de théâtre de Caracas.
Berta demeure deux ans au Venezuela, années aux cours desquelles elle exerce comme professeur dans l’atelier d’expression artistique de l’Athénée de Caracas.

A son retour en Argentine, elle poursuit son activité de professeur dans divers établissements éducatifs. En 1990, elle fonde l’école de théâtre de Luisina Brando et Berta Goldenberg. A partir du travail de recherche et d’expérimentation théâtrales qu’elle mène avec son groupe d’élèves et anciens élèves de son école naît le projet de mettre en scène Le Roi se meurt de Eugène Ionesco qui sort en 1998 au Théâtre Payró. Ce spectacle fut nommé « meilleur spectacle off » de la saison par la Asociación de Cronistas del Espectáculo (ACE).

En août 2000, elle inaugure, conjointement avec un groupe de comédiens, metteurs et scène et écrivains, le théâtre Anfitrión, dont elle est aujourd’hui la directrice générale. Depuis, le théâtre Anfitrión n’a cessé de croître et est devenu un lieu intense de l’activité artistique et culturelle. C’est dans le cadre de ce théâtre qu’elle fonde et dirige ensuite une école de théâtre et met en scène Ondine de Jean Giraudoux, Fin de Partie de Samuel Becket et Fotos de Infancias de Jorge Goldenberg. Elle mène simultanément un travail intense de recherche à travers des ateliers d’expérimentation, dont sont sortis Acerca de Hamlet et En attendant Godot.



Fiche technique

Auteur : Samuel Beckett
Comédiens : Carla Canosa, Jorge Drechsler, Matías Panelo, Lucía Pratolongo, Desirée Salgueiro, Guillermina Schauman, Arturo Silva
Mise en scène Berta Goldenberg

Informations pratiques
Théâtre Anfitrion, Venezuela 3340- Capital Federal - Buenos Aires
Réservations par téléphone: 4931-2124 // 1530046545
Web: http://www.anfitrionteatro.com.ar
Entrée: $ 30,00 - samedi - 21:00 hs – Jusqu’au 08/05/2010

http://www.traitdunion.com.ar/noticiasfr.asp?titre=20465

lundi 26 avril 2010

TERCER CUERPO (la historia de un intento absurdo). Trait d'Union

« Cinco vidas, cinco deseos de amar, cinco personas incapaces.
Mientras tanto se vive, se trabaja, se intenta.
Miedo a no ser, miedo a que sepan quien soy.
Miedo e incapacidad.
La historia de querer y no saber que hacer.
La historia de un intento absurdo.
y subir las escaleras.
Y querer vivir cada día a pesar de todo. »


Ne serait-ce que pour le lieu en lui-même, la sortie vaut la peine. Perdu dans la longue avenue Boedo, sans autre indication que le numéro 640 surplombant une porte d’entrée demeurant close jusqu’au dernier moment, le théâtre Timbre 4 fait partie de ces lieux mystérieux et improbables dont regorge Buenos Aires. Passée la porte, on traverse un long corridor aux plantes grimpantes longeant des habitations particulières, contre lesquelles on se colle pour faire une place à la file des spectateurs sortant de la représentation précédente. Au fond enfin, se cache la minuscule salle du théâtre Timbre 4, où la scène est à peine séparée de l’espace du public. Une mise en ambiance adaptée à l’esprit d’une pièce de théâtre intime et conviviale.

« Tercer Cuerpo », le titre en lui-même suggère des interprétations multiples : idée d’une présence physique encombrante ou au contraire du fantasme d’une présence possible vécu comme une absence ; troisième comme un ailleurs, menaçant de rompre un équilibre dual.

Cinq vies, cinq personnages, cinq formes de désir et de manque se croisent et se rencontrent dans une intrigue aux rebondissements et aux dévoilements progressifs. L’histoire de Sandra, Moni et Hector, trois collègues de bureau, se déroule parallèlement à celle de Manuel et Sofia, un jeune couple à la relation tumultueuse.

L’originalité et la richesse de la pièce reposent en partie sur une utilisation surprenante de l’espace scénique, confrontant les histoires parallèles dans un même lieu. Tandis que les collègues de travail disposent de l’espace scénique représentant leur salle de travail, allant et venant au milieu des bureaux et des fauteuils, entrant et sortant par des escaliers imaginaires, les deux membres du couple s’opposent des deux côtés de la scène, se rejoignent pour se séparer de nouveau sans jamais trouver de lieu propre pour leur histoire. En outre, un traitement ingénieux de la temporalité permet de dévoiler progressivement la complexité de chaque personnage. En isolant, entrecoupant et superposant les narrations respectives de chaque personnage, suscitant des brouhahas, des silences et des quiproquos à l’effet souvent comique, Tolcachir laisse le désir et les peurs de chacun s’exprimer en même temps qu’il suggère la solitude et le sentiment de manque qui les accompagnent.

Avec talent, le metteur en scène et la troupe des comédiens parviennent enfin à suggérer la profondeur de la pièce dans le cadre d’un jeu et de dialogues enjoués, éblouissant d’énergie et de vivacité, où humour noir, lunfardo et comédie sociale s’allient pour divertir un spectateur rapidement conquis.

De retour à Buenos Aires après une tournée en Europe à l’automne 2009 (dont la France en décembre), Tercer Cuerpo est la deuxième œuvre de l’acteur, écrivain et metteur en scène argentin Claudio Tolcachir, né en 1975. Tolcachir a créé et dirige le théâtre Timbre 4 qui est à la fois une compagnie, un lieu de création et une école. Conçue avec les comédiens de son théâtre école, cette seconde pièce, mise en scène en août 2008, a raflé prix et distinctions de même que la première, La Omision de la familia Coleman écrite en 2005.


Avec : Magdalena Grondona, Melisa Hermida, Grinstein Hernan, Jose Maria Marcos, Daniela Pal

TIMBRE 4
Av. Boedo 640 - timbre 4
Capital Federal - Buenos Aires - Argentina
Teléfonos: 4932-4395
Web: http://www.timbre4.com
Entrada: $ 40,00 - Domingo - 19:30 hs y 21:00 hs
Entrada: $ 40,00 - Sábado - 21:00 hs y 22:30 hs

Toutes les informations sur : http://www.alternativateatral.com/obra11603-tercer-cuerpo

http://www.traitdunion.com.ar/noticiasfr.asp?titre=20317

Article sur le mariage gay en Argentine

Actualité Buenos Aires»

SOCIÉTÉ – Mariage gay : le labyrinthe judiciaire



Depuis la célébration du premier mariage homosexuel d’Amérique latine à Ushuaia en décembre 2009, mariages, appels et annulations se succèdent devant les cours de justice argentines. Une bataille juridique qui pourrait être tranchée bientôt, lorsque le Parlement argentin examinera le projet de modification du Code civil visant à légaliser le mariage homosexuel

Le 3 mars dernier, Damián Bernath et Jorges Salazar Capor célébraient le premier mariage homosexuel de Buenos Aires. En 2003 déjà, la capitale fédérale s’était distinguée en autorisant l’union civile entre couples homos - une première en Amérique du Sud. Quant aux noces d’Alejandro Freyre et José María Di Bello, le 28 décembre dernier à Ushuaia, elles feront sans doute date : elles sont le premier mariage entre personnes du même sexe en Amérique latine. Puis ce sont deux femmes qui ont célébré la première union lesbienne du pays, là encore à Buenos Aires. Enfin, le 16 avril dernier, a été prononcé le quatrième mariage homosexuel du pays.


Bataille judiciaire

Un mouvement que rien ne peut plus arrêter ? Pas si vite… L’Eglise et les groupes conservateurs ont contre-attaqué sans tarder. Faisant intervenir d’autres juges, ils ont fait appel et réussi à obtenir l’annulation d’une partie des dits mariages, à commencer par le premier d’entre eux. Au même moment, on apprenait qu’une homosexuelle espagnole, mariée au Canada en 2008 avec une Argentine et vivant ici, était menacée d’expulsion (l’Espagne, pour sa part, a reconnu leur union). En réponse, la Fédération argentine de la LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transsexuels) a lancé plus d’une cinquantaine de recours en justice et se déclare prête à aller jusqu’à la Cour Suprême argentine, considérée comme progressiste sur les sujets de société.
A chacun des mariages célébrés à ce jour, au large écho médiatique, ressurgit le débat sur l’opportunité d’une nouvelle disposition législative. Le 16 avril, de fait, deux commissions de la Chambre des députés (Législation générale et Famille) rendaient un avis favorable au projet de loi visant à légaliser le mariage homosexuel. Ce texte est en cours d’examen au Parlement. Le sujet divisant les blocs, le vote des députés sera individuel, laissé à la liberté de conscience de chacun. La réforme envisagée consiste à remplacer les termes "homme" et "femme" dans l’article 172 du Code civil par "conjoints". Aujourd’hui, dans les faits, les mariages homosexuels ont une validité discutable. Ils sont donc facilement remis en cause au gré de décisions de justice ponctuelles et parfois contradictoires.


Un pas en avant…

Alors que l’Eglise dénonce des "unions immorales", la FALGBT estime qu’il s’agit "de faire valoir l’égalité des droits entre tous". En outre, argumente la LGBT, les médias, les fonctionnaires, les politiciens et la population seraient favorables au mariage homosexuel. A voir. En tout cas, certains hommes politiques semblent avoir pris conscience du nouvel enjeu électoral que peut représenter le mariage homosexuel. Mauricio Macri, le maire d’une capitale gay-friendly, ne s’est pas opposé aux unions. Quant à Cristina Kirchner, elle avait promis l’égalité des droits aux couples homosexuels durant la campagne présidentielle de 2007.
En Amérique latine en général, les droits des homosexuels ont connu une avancée sensible en quelques années. Bien sûr, des actes de discrimination demeurent ; ainsi, en mars dernier, au Brésil, le lieutenant-colonel Osvaldo Brando Sayd était expulsé de l’armée parce qu’il entretenait une relation avec un autre homme. Mais en 2008, l’Uruguay devenait le premier pays du continent à légaliser l’union civile avant d’autoriser un an plus tard l’adoption. Il était suivi l’année suivante par la Colombie et l’Equateur (qui n’autorisent cependant pas l’avortement, à l’instar de l’Argentine). La ville de Mexico a modifié son Code Civil en décembre pour autoriser le mariage homosexuel et l’adoption. Réputée gay-friendly, Buenos Aires, comme Rio de Janeiro ou Sao Paolo, pourrait jouer un rôle moteur dans l’évolution des mentalités.

Lucie ELGOYHEN (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) le lundi 26 avril 2010


http://www.lepetitjournal.com/buenos-aires.html
http://www.lepetitjournal.com/buenos-aires/a-la-une-buenos-aires/56808-societe-mariage-gay-le-labyrinthe-judiciaire.html

jeudi 22 avril 2010

Ouverture de la Feria del libro pour le Petit Journal.

CULTURE – Feria del Libro : ça commence aujourd’hui !

Avec plus d’un million de visiteurs attendus et plus d’un millier d’activités proposées, la 36è Feria del Libro ouvre ses portes aujourd’hui ; l’entrée sera gratuite à partir de 18 heures. C’est le coup d’envoi de dix-huit jours d’effervescence pour le monde du livre et de l’édition, mais aussi pour le grand public : rencontres, ateliers, tables rondes, conférences, activités culturelles et éducatives… Placée sous le signe de la commémoration de 200 ans d’histoire nationale, la Foire internationale du Livre de Buenos Aires propose cette année plusieurs nouveautés, comme un espace consacré à la BD et au manga et la biennale Borges-Kafka

"Mon souvenir le plus émouvant de la Feria : un enfant assis par terre lisant un livre à l’envers au milieu du brouhaha général", témoigne Carlos Pazos, de la Fondation El Libro. Une image qui décrit bien l’ambiance de la Feria del Libro de Buenos Aires, devenue un lieu traditionnel de rassemblement et de sortie en famille. Sur une superficie de 37.000 m2, elle recevra cette année 1.305 exposants éditeurs et distributeurs représentant près de 40 pays. Créée en 1975 et organisée par la Fondation El Libro, elle a acquis au fil des ans une envergure telle qu’elle constitue l’exposition de ce type la plus importante d’Amérique latine, attirant chaque année plus d’un million de personnes. En comparaison, le Salon du Livre de Paris ne dure que six jours et attire un public sept fois moins important.


Tous les goûts, tous les âges

Bibliothèques, salle de jeux, salle de repos, stands divers, espaces de lecture et expos de photos et d’arts plastiques… seront comme chaque année au rendez-vous. S’y ajouteront des activités éducatives et culturelles comme la Rencontre internationale de la Narration orale du 30 avril au 2 mai, le Festival international de poésie du 25 au 29 avril et La noche de la ciudad en la Feria del Libro le samedi 1er mai (entrée libre et gratuite à partir de 21 heures et ouverture jusqu’à 1 heure du matin).
A ne pas manquer, plusieurs nouveautés cette année. Pour les amoureux de la BD, un espace sera consacré à la bande dessinée et au manga en Argentine avec expositions de livres, activités spéciales et une improvisation de l’humoriste Gustavo Sala (samedi 8 et dimanche 9 mai). Signalons aussi que la Feria del Libro est un des sites où se tient cette année la biennale Borges-Kafka / Buenos Aires – Prague et qu’elle organise à cette occasion une série d’évènements spéciaux.
Comme à l’accoutumée, participeront des invités de renommée internationale. Les quatre invités français de cette année sont l’historien du livre, directeur des Cahiers de la Nouvelle Revue Française (NRF) et éditeur chez Gallimard Alban Cerisier ; le spécialiste de l’histoire intellectuelle François Dosse ; le sociologue David le Breton ainsi que l’écrivain et traductrice Anne Picard.


Ecrire l’histoire
En élisant pour thème 2010 "Festejar con libros 200 años de historias", la Feria del Libro se joint à l’ensemble des évènements organisés dans le cadre de la célébration du bicentenaire de la Revolución de Mayo. En hommage aux grands écrivains argentins répond la sélection de cinq œuvres emblématiques : El Martín Fierro de José Hernandez ; El oro de los tigres de Jorge Luis Borges ; El dragon y la princesa de Sobre héroes y tumbas de Ernesto Sábato ; Rayuela de Julio Cortázar ; enfin, Manuelita la tortuga de María Elena Walsh. Outre la mise en place d’un stand du bicentenaire, une "Rencontre du bicentenaire" sera organisée les 26, 28 et 29 avril à 18 heures et proposera une réflexion sur la construction de la culture démocratique en Argentine et en Amérique latine. Enfin, le traditionnel Marathon de la lecture, qui commencera le 3 mai à 17 heures, prendra pour thème "Argentina : una aventura de 200 años".


Stand de France : livres et magazines
Comme chaque année, la production éditoriale française sera exposée au stand de France (pavillon jaune, rue n°10, et 31, stand n°2014). Plusieurs milliers de titres dans tous les domaines (littérature, sciences humaines, sciences, jeunesse, Bd, presse…) seront proposés à la vente, ainsi que les dernières nouveautés et prix littéraires. Les visiteurs auront également la possibilité de s’abonner – avec une remise de 20 % – à plus de 3.000 revues françaises qu’ils pourront recevoir directement à domicile, en Argentine.
Les invités de l’ambassade française participeront à un ensemble de conférences, tables rondes et présentations d’ouvrages qui se tiendront au siège de la Feria et à l’extérieur. Au siège de la Feria: le mardi 27 avril à 18h30, dans le cadre de la célébration de la journée de la France, conférence de François Dosse sur le thème "Regards sur l’autre Bicentenaire. La prise de la Bastille" (salle Victoria Ocampo, pavillon blanc) ; le mercredi 28 avril à 20 h 30, présentation par David le Breton de son livre, Visages, paru en 2003 (salle María Esther de Miguel, pavillon bleu) ; le jeudi 29 à 20h30, présentation de l’ouvrage Gilles Deleuze et Felix Guattari. Biographie croisée avec l’intervention de François Dosse (salle María Esther de Miguel, pavillon bleu). Consulter le site de l’ambassade pour la programmation complète des conférences.

Lucie ELGOYHEN (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) le jeudi 22 avril 2010

Informations pratiques
Horaires d’ouverture
- Jeudi 22 avril : de 18 à 22 heures
- Les vendredis et samedis : de 14 à 23 heures
- Du dimanche au jeudi : de 14 à 22 heures
La Rural, Predo ferial de Buenos Aires, jusqu’au 10 mai
Site Web avec actualité de la Feria, programme etc. http://www.el-libro.org.ar
Entrée: de 12 à 15$
Gratuit ce soir à partir de 18 heures et le samedi 1er mai à partir de 21 heures
Programme complet et liste des exposants dans Clarin du 22 avril et La Nación du 24 avril

http://www.lepetitjournal.com/buenos-aires/a-la-une-buenos-aires/56646-culture--feria-del-libro--ca-commence-aujourdhui--.html
http://www.lepetitjournal.com/buenos-aires.htm

mardi 20 avril 2010

Article sur le bafici pour le Trait d'Union

La 12ème édition du Festival international de cinéma indépendant Bafici s’est terminée le dimanche 18 avril. Durant dix jours, 422 films, dont de nombreuses avant-premières, ont été projetés dans 21 salles des différents cinémas de la ville. A cette programmation foisonnante s’ajoutaient des cycles thématiques, des rencontres avec les cinéastes et des activités spéciales telles que la 7ème édition du Buenos Aires Lab destinée à favoriser le développement du cinéma indépendant en Amérique Latine. La programmation était organisée en diverses catégories parmi lesquelles les films du Baficito, de la sélection internationale, de la sélection argentine, du ciné du futur et d’autres sections plus thématiques telles que « la Tierra Tiembla », « Derechos humanos », « Lugares » et « Música » sans oublier la projection de douze films au Pasaje Gardel. Une section était également consacrée aux courts-métrages argentins et à un grand nombre de rétrospectives et de « focos ». Cette année encore, la production française était largement présente avec près de 50 (co-)productions françaises et notamment deux rétrospectives consacrées à Jean Gabriel Périot (neuf films projetés) et à Alain Guiraudie (six films projetés).


Petit tour du Trait d’Union au Bafici

De stature internationale, le Bafici de Buenos Aires frappe pourtant par son ambiance intimiste et joyeuse. L’expansivité habituelle des argentins au cinéma y est augmentée par le plaisir d’assister à une manifestation inédite et de partager sa joie avec des cinéphiles venus du monde entier.

La force du Bafici est qu’il permet de retrouver l’essence du cinéma en proposant des films d’une qualité exceptionnelle. Libérés des contraintes qui pèsent sur les films à gros budget de l’industrie cinématographique, les films du Bafici parviennent souvent à transmettre la sensibilité particulière de leurs réalisateurs. Il serait impossible de donner une synthèse globale d’une programmation aussi foisonnante et diversifiée. Précisément, c’est peut être le sentiment de découvrir à chaque projection un film unique, un regard ou une sensibilité particulière, qui décrirait le mieux ce qui unie l’ensemble de la programmation. Des films à la beauté simple, construits à partir de petits riens, de gestes quotidiens, de silences (Lo que más quiero, La Pivellina, 36 vues du Pic Saint Louis…). Des films mêlant vieilles vidéos et actions parallèles en suscitant une circulation fertile entre fiction et réalité, présent et passé (Vincere, La Bocca del Lupo…). Des films à l’esthétique soignée et poétique (Red Dragonflies…). Des films aux images brutes et capturées sur le vif (Femmes Rock Doc, Te creis la más linda…). Des films poignants sur les maux de notre époque (Ajami, Using) dont un grand nombre de documentaires venus du monde entier.

Les films les plus attendus et recommandés par la critique ont fait salle comble à chaque projection. Le public pouvait voter à la fin de la projection des films de la sélection internationale et de la sélection argentine (top 3 : Cuchillo de Palo, Alamar et Ajami pour la première catégorie et El Ambulante, Hacerme feriante et Los Labios pour la seconde le vendredi 16 avril). De plus, le public a pu profiter de la présence des réalisateurs à la fin d’un certain nombre de projections. Nous retiendrons notamment les interventions émouvantes de Daniel Burmeister à la fin de El Ambulante lors de la projection du dimanche 11 avril et d’Enrique Piñeyro à la fin de El Rati Horror Show le 16 avril. Avec 86 films à l’affiche, la production argentine comportait en effet un grand nombre de documentaires traitant d’aspects variés de la situation actuelle du pays.

Le Bafici, cette année encore, a mérité la réputation internationale qu’il s’est taillé depuis sa création en 1999. A suivre, les résultats des compétitions internationales et le classement de la sélection française…


http://www.traitdunion.com.ar/noticiasfr.asp?titre=20365

mercredi 14 avril 2010

Le Bafici ou l'orgie du cinéma

Le jeudi 8 avril s'est ouverte la 12ème édition du festival international du cinéma indépendant à Buenos Aires. Durant 10 jours, jusqu'au dimanche 18 avril, 422 films sont projetés dans des cinémas de toute la ville. Des films venant du monde entier, contemporains et en général d'une grande qualité, primés à Cannes ou ailleurs, dont beaucoup de documentaires et de films expérimentaux produits par des nouvelles générations de cinéastes fraîchement sorties de leurs écoles.
http://www.bafici.gov.ar

C'est la folie furieuse! En général, il y a environ trois projections par film. Perdue dans la jungle des films, réalisateurs, pays et écoles.. et pressurisée à l'idée d'une prog de plus de 400 films en 10 jours, j'ai cherché comme tout le monde des critiques pour savoir quels étaient les films incontournables, après j'ai mixé avec des films argentins, chiliens et d'ailleurs en fonction de mes envies. Y'en a vraiment pour tous les goûts de toute manière.

Au final, j'ai acheté 21 places (il faut rappeler le prix dérisoire comparé aux prix européens pour des films d'une telle qualité : 10 pesos sur internet soit moins de 2 euros...) et depuis jeudi dernier, je passe ma vie au cinéma.

Déjà vu la moitié, soit dix films dont je vous donnerai un "bref" commentaire qui vous donnera peut être envie d'en voir certains:

- Vincere: film italien sur l'amante (Ida) et le fils cachés de Mussolini, montre les débuts et l'ascension de Mussolini puis la lutte désespérée de Ida pour faire reconnaitre son fils et qui finit dans un asile psychiatrique sous l'ordre de Mussolini. Mêle des extraits de vidéos de l'époque montrant Mussolini devant des foules en liesse. Vraiment très bien! Est passé en France il n'y a pas longtemps, passe peut être encore.

- Ajami: film israélien se déroulant dans les territoires palestiniens, croisant diverses vies et histoires dramatiques où la débrouille, le trafic, l'absence d'avenir et la tension permanente entre communautés juives et musulmanes mène à des situations tragiques. Beauté aussi des liens de solidarité et d'amour.

- 36 vues du Pic Saint-Louis: je suis arrivée à la bourre car j'avais pas fait gaffe que le film passait à perpète-les-oies. C'était pas une grande perte! Un film français (tiens donc!)exactement dans cette veine qui se veut pseudo-philosophique-existentielle du genre où vais-je? qui suis-je? je ne sais pas ce que je pense, ce que je ressens... avec une Jane birkin passée la soixantaine qui se la joue encore petit oiseau meurtri effarouché... qu'un italien en vadrouille va sauver et ramener à la vie... L'"humour français" vaseux en prime...

- Using: un documentaire chinois cru et difficile sur un drogué vivant à Canton, qui n'arrive pas à s'en sortir, et sur sa compagne, qui, de même, n'arrive pas à le quitter. Hélas, peu d'infos globales et peu d'images de Canton, on est enfermé avec le couple durant une grande partie du film. Mais bon, illustre une partie de cette population chinoise restée sur le bord de la route du progrès et de la modernisation.

- El ambulante: film documentaire argentin sur le travail d'un réalisateur-artisan itinérant qui réalise un film sur chacun des pueblos perdus d'Argentine où il se rend. Comique et touchant. Le documentaire montre comment il monte et tourne un film dans un de ces pueblos, Benjamín Gould. Pour les habitants de ces villages, la venue de ce réalisateur est un véritable évènement, en même temps incompréhensible au début, car personne ne s'intéresse à leur bled paumé. Tout le monde participe et en général chacun joue son propre rôle, la projection finale dans la mairie du village est un grand moment d'émotion. Comme pour beaucoup de films de la sélection internationale, le réalisateur était présent dans la salle de ciné et est venu parler à la fin, il n'a pas pu s'empêcher de verser quelques larmes.

- Red Dragonflyies: très beau film de Singapour, essentiellement contemplatif, montrant trois enfants marchant le long d'une voie ferrée abandonnée dans les forêts luxuriantes de Singapour et une jeune artiste rentrée de New York et retrouvant un ancien camarade de lycée. Des très belles images, à la composition harmonieuse rappelant l'art des estampes japonais, des plans fixes sur l'eau, les reflets, la musique de la pluie... Sur l'enfance, les souvenirs, le temps qui passe, à partir d'une vidéo que le réalisateur a retrouvé d'une excursion qu'il avait fait avec sa classe.

- La Pivellina: film italien très touchant et mystérieux. Une femme d'âge mûr aux cheveux rouges, à la recherche de son chien, trouve une petite fille Asia de trois ans abandonnée sur une balançoire et la ramène dans sa roulotte. Elle, son compagnon qui travaille comme clown et un neveu dont on ne saura jamais où sont les parents, prennent soin d'elle. Une famille de circonstance, aux pièces rapportées si on veut, se forme autour de cette petite fillette juste trop choue. Une incertitude plane sur le retour de la mère qui a laissé une lettre. Montre aussi une Italie des banlieues et populaire sans lieu précis.

- Lo que más quiero: joli film argentin sur les incertitudes et les expériences de la jeunesse. Une jeune comédienne de Buenos Aires, à l'occasion d'une pause avec son petit ami au bout de 4 ans ensemble, décide d'aller rendre visite à une amie vivant dans le campo au Nord-ouest de l'Argentine et venant de perdre son père bucheron (enfin il semble). Bien filmé, des scènes de dialogue comiques qui illustrent bien ce qui se passe dans la vie réelle, des moments d'attente, de silence. Après, j'ai trouvé l'histoire un peu facile. D'un point de vue culturel et extérieur, le film illustre tout cet imaginaire sur le campo comme lieu authentique et de liberté face à la métropole chaotique de Buenos Aires.

- La bocca del lupo: autre film italien (et oui, j'aime bien les films italiens) spécial, troublant. Il mêle deux histoires, la petite et la grande. La petite, basée sur une histoire vraie et d'aspect documentaire, est celle de l'amour profond et durable né en prison entre un sicilien et un transexuel et qui perdure malgré dix ans de séparation (un des deux reste en prison) et s'entretient par des cassettes que les compagnons enregistrent et s'envoient. La grande est celle de la ville de Gênes, à partir de vieilles vidéos montrant des destructions d'édifices, des chantiers, le départ d'un navire, des gens à la plage, la vie nocturne...suscitant ce sentiment de dépossession troublant face à l'évocation mélancolique du passé. Narration en voix off souvent, poétique et un brin philosophique.

- El general:j'ai choisi ce film-docu mexicain dont l'espoir de me faire une culture politique car il a été réalisé par la petite-petite fille du général révolutionnaire Plutarco Elias Calles (1877-1945) qui a présidé le Mexique de 1924 à 1928, wiki...et a continué à dominer la vie politique mexicaine de l'époque sous le titre de "maximato". Figure controversée, il a mené une révolution ouvrière et populaire et a dirigé ensuite d'une manière autoritaire en menant notamment des massacres des révoltés religieux à la fin des a20... Une illustration des problématiques politiques de l'Amérique latine au 20ème siècle. Mais en fait, le docu est d'abord une réflexion sur l'impossibilité d'une reconstruction objective du passé et une tentative pour la réalisatrice de retrouver la personnage de son arrière-grand-père à partir d'un enregistrement vocal fragmentaire de sa grand-mère. Il mêle beaucoup d'images du Mexique contemporain, des interviews de petits commerçants expliquant qu'ils se transmettent leur métier de génération en génération...En bref, l'ombre du passé sur le présent, l'idée que rien ne change vraiment, toujours la même histoire des peuples derrière les battements de la macrohistoire.

Bon, en fait comme d'hab, c'est long. La suite dans quelques jours!

Premiers pas dans le journalisme

Heureusement, en parallèle, j'avais réussi à prendre contact avec les journaux français de Buenos Aires, l'édition locale du Petit Journal et le Trait d'Union. Le Petit Journal m'avait déjà chargé d'une enquête sur la réputation de Buenos Aires ville gay friendly et de plusieurs articles sur la Feria del libro qui commencera le 22 avril.

La même semaine où l'idée d'abandonner le stage devenait de plus en plus réelle, j'ai rencontré les directrices des deux journaux. Les deux entretiens se sont super bien passés et m'ont donné envie de m'investir pleinement dans l'activité journalistique. Le Trait d'Union avait justement besoin de quelqu'un pour couvrir les évènements culturels, parfait, exactement ce que je voulais! En conséquence, j'ai marché tout au droit jusqu'au bureau du directeur du musée pour dire que je partais...

Du coup, maintenant, j'envoie des mails pour solliciter des entretiens, je guette les spectacles, expos, concerts sur lesquels je pourrais écrire (pas très difficile, y'en a toujours une tonne en permanence...).

Entre autres, j'ai effectué un interview d'un responsable d'une asso civile oeuvrant pour la diversité sexuelle, la prévention du sida et l'accompagnant social et psychologique de la communauté LGBT. Quand je serai plus douée en informatique, j'essaierai de mettre en ligne l'interview enregistré si ca peut intéresser certains. A venir, mes article sur ce sujet (Buenos Aires est effectivement una ciudad muy gay friendly et il y a tout un débat en ce moment dans les médias et au congrès sur la modification d'un article du code civil pour autoriser le mariage entre homosexuels, ce qui a déjà été fait au Mexique en décembre par exemple...).

Sinon, je suis contente de voir que mon premier article pour le compte du Trait d'Union vient d'être mis en ligne. C'est une critique d'une pièce de théâtre qui s'appelle Tercer Cuerpo et qui est passée en France en décembre. C'est un peu dommage, ils ont un problème de police sur leur site, ce qui rend un peu difficile la lecture:
http://www.traitdunion.com.ar/noticiasfr.asp?titre=20317


Du coup, mon blog va peut être retrouver une nouvelle vie...

Stage au musée Carlos Gardel: une joie de courte durée

Ouuhouh, y'a quelqu'un? J'ai l'impression de crier dans un grenier poussiéreux... Ce blog est tellement actif que je doute qu'il y ait encore quelques personnes qui passent par là...Au cas où, et sinon histoire d'avoir un journal digital à usage personnel... j'écrirai enfin quelques news.

La froid et la pluie s'empare doucement mais sûrement de Buenos Aires tandis que les oiseaux recommencent à chanter et les fleurs à bourgeonner de votre côté, enfin j'espère. Il va falloir que je me décide à quitter les tongues que je porte depuis trois mois ainsi qu'à acheter des pantalons...

Alors, pourquoi n'ai-je pas écrit? Depuis mon retour de Rio, c'est la suractivité.
J'ai enfin trouvé un stage après avoir envoyé environ trois mille mails dans tous les sens... Un stage au Musée Carlos Gardel.




Aparté sur Carlos Gardel pour ceux qui ne connaîtraient pas?


Ca pourrait prendre du temps.. C'est juste le Dieu vénéré du tango et la figure mythique du vieux Buenos Aires populaire des immigrants. Il y a une controverse sur son lieu et sa date de naissance mais a priori il serait né en 1890 à Toulouse (oui Toulouse!) d'une fille-mère qui préfère émigrer en 1893 à Buenos Aires à cause des préjugés de l'époque et dans l'espoir d'un avenir meilleur.
Attention: aux argentins, dire que Gardel est argentin, et aux Uruguayens qu'il est uruguayen, et écouter attentivement la version compliquée de sa naissance qu'ils vont vous raconter en détail (au passage, ca vous donne des idées de roman).

La mère et le fils s'installent dans le quartier d'Abasto, quartier d'immigrants italiens populaire où travailleurs journaliers, familles, ouvriers, petits commerçants se mêlent et se croisent dans cafés, bordels, cantines, petites pensions d'habitation et vivent au rythme permanent de musiques de chanteurs et groupes de quartiers locaux apportant chacun leur influences culturelles diverses.

On dit que l'histoire du tango et la vie de Gardel se confondent. En effet, pendant que le jeune Carlito traîne dans le quartier et son fameux marché de fruits et légumes récemment construit et approvisionnant à l'époque toute la ville (aujourd'hui reconverti en shopping énorme), qu'il fait ses premiers pas de chanteur-guitariste dans le domaine du folkore, le tango, apporté par les esclaves noirs et issus d'un mélange de divers styles musicaux, se développe dans les bordels et autres lieux obscurs. Le tango sort peu à peu et évolue au contact d'autres formes musicales et d'autres genres de danse. Bon, je vais pas vous faire l'histoire du tango maintenant.

Bref, l'apport fondamental de Gardel est qu'il va développer la forme chantée du tango en interprétant des textes de Contursi et La Pera notamment d'une nouvelle profondeur par rapport aux stéréotypes qui dominaient jusque là dans les paroles. Sa voie chaude et profonde et son charisme vont faire le reste. Il forme un duo avec le guitariste Razzano et sera accompagné toute sa vie de divers guitaristes célèbres. Premiers enregistrements à partir de 1915 qui se multiplient, tournées en Amérique du Sud, en France et en Espagne, radio, cinéma... Succès et célébrité... tout au long des années 20 et au début des années 30.

Une étoile et comme toutes les étoiles, il s'éteint en plein vol, en 1935, lors d'un accident d'avion tragique en Colombie. Ses cendres sont transférées un an après à Buenos Aires où vient l'accueillir une immense foule en deuil. Le "morocho d'Abasto" ou le "zorzal" comme on l'appelait est demeuré dans le coeur de tous les argentins. Parmi ses chansons célèbres, qui souvent contaient l'histoire de la ville, "Querido Buenos Aires": il incarne l'amour du porteño pour sa ville d'accueil, les espoirs, les rêves et les transformations du Buenos Aires des immigrants fin 19ème siècle.


Bon, du coup, vous imaginez ma joie d'expat! Un stage au musée Carlos Gardel, au cœur de l'âme du vieux Buenos Aires populaire, chouette! D'autant plus que c'est un petit musée implanté dans la maison que Gardel a acheté pour sa mère en 1927 et dans laquelle il a vécu avec elle jusqu'en 1933. C'est donc un petit musée historique cherchant à restituer l'atmosphère de l'époque avec pleins de vieux vinyles et de partitions, des meubles d'époque, des coupons de journaux, des instruments de musique comme le fameux bandoneón, une machine à écrire... On s'y balade bercé par la voix de Gardel dont les chansons sont diffusées en boucle.



Topo sur les stages en Argentine?


Et ben, ce qu'ils ont sûrement de plus en commun avec tous les stages de par le monde, c'est que c'est du vent et qu'on est ravi de voir débarquer un petit jeune en manque d'expérience prêt à offrir toute sa motivation gratis!
Non bon, en fait, l'idée de faire valoir ma nationalité française dans ma lettre de motiv a bien marché. Le musée voulait que je fasse des traducs et que je prépare une visite guidée en français. C'est ainsi que je me suis mise à lire des trucs sur la vie de Carlos Gardel, l'histoire du tango et de Buenos Aires au tournant du 20ème siècle... Ca m'a appris pleins de trucs et fait bosser mon espagnol donc c'est déjà ça.
Mais bon, en gros mes journées au musée c'était lecture à une table ou, tout à fait génial mais pas très formateur, passer mon temps à boire du maté, des jus de fruits et à grignoter des biscuits avec mes collègues derrière le bureau d'accueil (en fait, j'ai compris que si les bureaux sont aussi grands, c'est pour cacher toute les réserves de nourriture des employés...).

Et oui le directeur qui restait dans le bureau de l'admin en haut m'a tout simplement abandonnée dès le premier jour et prenait un air impatienté à chaque fois que je venais errer près de lui en quête d'une tache quelconque...
Il m'avait fait miroiter ma participation à la préparation d'évènements culturels ayant lieu au musée quelques soirs par semaine mais rien ne venait. Jusqu'à un beau jour où j'ai compris que cela se résumerait à imprimer des articles de presse, à faire des photocopies et des mailing lists...

Adios Gardel, adios tango! Prefiero las milongas!

vendredi 26 mars 2010

Buenos Aires en bref par le Trait d'Union

Voici un bon article qui décrit très bien les charmes infinis et multiples de mi querida Buenos Aires:
http://www.traitdunion.com.ar/noticiasfr.asp?titre=8597 .
Bien sûr, écrit du point de vue d'un touriste aisé avec sûrement quelques recommandations d'hôtels et restos adaptées à un cadre de plus de 30 ans. Mais à part ça, l'article donne une bonne idée de la ville!

lundi 22 février 2010

Chanter Rio, crier Rio, danser Rio, embrasser Rio, pleurer Rio, rêver Rio, trépigner Rio… vivre Rio… mais jamais jamais oublier Rio !



Si les cariocas, les habitants de Rio ont surnommé leur ville « Cidade maravilhosa », ce n’est vraiment pas sans raison ! Cité merveilleuse, cité des merveilles, dans tous les sens on peut le dire, jusqu’à l’origine latine du mot « mirabilia » désignant une chose si peu ordinaire qu’elle en devient surnaturelle ou miraculeuse. De même que dans les contes médiévaux, le merveilleux n’était jamais loin de l’étrange et de l’inquiétant, à Rio, l’envol euphorique hors du réel côtoie des retombées tout aussi rapides dans les réalités les plus crues.

Ironiquement, la ville s’est choisie pour symbole la statue du Christ Rédempteur. Du haut de ses 38 mètres et perchée sur les 710 mètres du mont du Corcovado (bossu en portugais), la statue domine la ville en une vision panoramique vertigineuse. Déjà au XVIème siècle, les colons portugais ne s’étaient pas trompés qui avaient d’abord baptisé le Corcovado « Pináculo da tentação » ou « le pinacle de la tentation ». Le regard divin plonge d’abord dans la mare urbaine en contrebas, se noie dans la verdure enserrant les différents quartiers de la ville, puis grimpe avec les favelas dans les collines, ricoche sur les îles et le Pão de Açúcar du littoral, pour venir se perdre définitivement dans l’infinie bleutée de l’océan. Une perle, un joyau de beauté en somme qui s’apprécie entre autres du haut de points de vue époustouflants. Bref, une ville qui a de quoi ravir les esthètes!






Curieux protecteur que ce Christ enlaçant, dans un même mouvement, les centaines de favelas perchées dans les montagnes, les tours du centre et les plages de Copacabana ou d’Ipanema! Curieux témoin muet des foules en délire dansant sur les rythmes endiablés des chars de samba ! En même temps, un message de partage et de communion jamais aussi fort que dans les rues au moment du carnaval. En rappelant qu’une fois il a racheté les pêchés du genre humain, le rédempteur offre-t-il aux brésiliens de l’espoir à chaque lever de soleil? Peut-être est-il seulement un symbole infini du silence divin, tout autant omniprésent que majestueusement isolé sur son Corcovado.

Paradoxe encore que ce vestige d’un projet démentiel comme seuls les colons ont pu les concevoir. Né dans la deuxième moitié du 19ème siècle, le projet avait échoué avec l’avènement de la République en 1889 et la séparation de l’Eglise et de l’Etat. L’idée est relancée en 1921 à l’occasion des commémorations du centenaire de l’indépendance du pays. L’Eglise est alors soucieuse de réaffirmer son influence au Brésil. La statue est inaugurée en 1931.


Quand j’ai aperçu la statue du Christ dans le bus menant de l’aéroport au centre-ville, j’ai eu comme un choc visuel. « Mais, je le connais, c’est lui ! ». En fait, j’ai réalisé brusquement que je ne savais même pas qu’il était à Rio ou même comment je l’avais découvert. Des images du film « Roméo et Juliette » de Baz Luhrmann me sont alors revenues à l’esprit, qui ne m’ont plus quittée ensuite. J’ai eu cette impression trouble que l’on ressent parfois face à quelque chose que l’on découvre pour la première fois mais qui nous semble pourtant familière. Pour ceux qui s’en rappellent, peut-être qu’il pourront confirmer car je n’arrive pas à vérifier sur internet, je crois qu’au début, il y a une prise en plongée qui tourne très vite autour de la statue du Christ et de la ville, en même temps qu’on entend un orgue et des chœurs d’église. J’avais été marquée par cette scène, et même, j’avais beaucoup aimé ce film (bon ok, c’était aussi ma période Di Caprio…). Même si l’histoire est transposée à Verona Beach, le rythme saccadé du film, l’ambiance carnavalesque, les contrastes et la violence des gangs dans le film représentent assez bien une part de ce que l’on peut ressentir et voir à Rio. En tout cas, dans le bus, j’ai été prise de vertige. Tout de suite, j’ai compris que Rio était une de ces villes fortes qu’une fois découvertes, l’on ne pourra jamais oublier. Je ne regrette pas de n’avoir rien préparé de mon voyage avant de partir car ainsi j'ai été pleinement frappée par l’effet de surprise.