La froid et la pluie s'empare doucement mais sûrement de Buenos Aires tandis que les oiseaux recommencent à chanter et les fleurs à bourgeonner de votre côté, enfin j'espère. Il va falloir que je me décide à quitter les tongues que je porte depuis trois mois ainsi qu'à acheter des pantalons...
Alors, pourquoi n'ai-je pas écrit? Depuis mon retour de Rio, c'est la suractivité.
J'ai enfin trouvé un stage après avoir envoyé environ trois mille mails dans tous les sens... Un stage au Musée Carlos Gardel.

Aparté sur Carlos Gardel pour ceux qui ne connaîtraient pas?
Ca pourrait prendre du temps.. C'est juste le Dieu vénéré du tango et la figure mythique du vieux Buenos Aires populaire des immigrants. Il y a une controverse sur son lieu et sa date de naissance mais a priori il serait né en 1890 à Toulouse (oui Toulouse!) d'une fille-mère qui préfère émigrer en 1893 à Buenos Aires à cause des préjugés de l'époque et dans l'espoir d'un avenir meilleur.
Attention: aux argentins, dire que Gardel est argentin, et aux Uruguayens qu'il est uruguayen, et écouter attentivement la version compliquée de sa naissance qu'ils vont vous raconter en détail (au passage, ca vous donne des idées de roman).
La mère et le fils s'installent dans le quartier d'Abasto, quartier d'immigrants italiens populaire où travailleurs journaliers, familles, ouvriers, petits commerçants se mêlent et se croisent dans cafés, bordels, cantines, petites pensions d'habitation et vivent au rythme permanent de musiques de chanteurs et groupes de quartiers locaux apportant chacun leur influences culturelles diverses.
On dit que l'histoire du tango et la vie de Gardel se confondent. En effet, pendant que le jeune Carlito traîne dans le quartier et son fameux marché de fruits et légumes récemment construit et approvisionnant à l'époque toute la ville (aujourd'hui reconverti en shopping énorme), qu'il fait ses premiers pas de chanteur-guitariste dans le domaine du folkore, le tango, apporté par les esclaves noirs et issus d'un mélange de divers styles musicaux, se développe dans les bordels et autres lieux obscurs. Le tango sort peu à peu et évolue au contact d'autres formes musicales et d'autres genres de danse. Bon, je vais pas vous faire l'histoire du tango maintenant.
Bref, l'apport fondamental de Gardel est qu'il va développer la forme chantée du tango en interprétant des textes de Contursi et La Pera notamment d'une nouvelle profondeur par rapport aux stéréotypes qui dominaient jusque là dans les paroles. Sa voie chaude et profonde et son charisme vont faire le reste. Il forme un duo avec le guitariste Razzano et sera accompagné toute sa vie de divers guitaristes célèbres. Premiers enregistrements à partir de 1915 qui se multiplient, tournées en Amérique du Sud, en France et en Espagne, radio, cinéma... Succès et célébrité... tout au long des années 20 et au début des années 30.
Une étoile et comme toutes les étoiles, il s'éteint en plein vol, en 1935, lors d'un accident d'avion tragique en Colombie. Ses cendres sont transférées un an après à Buenos Aires où vient l'accueillir une immense foule en deuil. Le "morocho d'Abasto" ou le "zorzal" comme on l'appelait est demeuré dans le coeur de tous les argentins. Parmi ses chansons célèbres, qui souvent contaient l'histoire de la ville, "Querido Buenos Aires": il incarne l'amour du porteño pour sa ville d'accueil, les espoirs, les rêves et les transformations du Buenos Aires des immigrants fin 19ème siècle.
Bon, du coup, vous imaginez ma joie d'expat! Un stage au musée Carlos Gardel, au cœur de l'âme du vieux Buenos Aires populaire, chouette! D'autant plus que c'est un petit musée implanté dans la maison que Gardel a acheté pour sa mère en 1927 et dans laquelle il a vécu avec elle jusqu'en 1933. C'est donc un petit musée historique cherchant à restituer l'atmosphère de l'époque avec pleins de vieux vinyles et de partitions, des meubles d'époque, des coupons de journaux, des instruments de musique comme le fameux bandoneón, une machine à écrire... On s'y balade bercé par la voix de Gardel dont les chansons sont diffusées en boucle.
Topo sur les stages en Argentine?
Non bon, en fait, l'idée de faire valoir ma nationalité française dans ma lettre de motiv a bien marché. Le musée voulait que je fasse des traducs et que je prépare une visite guidée en français. C'est ainsi que je me suis mise à lire des trucs sur la vie de Carlos Gardel, l'histoire du tango et de Buenos Aires au tournant du 20ème siècle... Ca m'a appris pleins de trucs et fait bosser mon espagnol donc c'est déjà ça.
Mais bon, en gros mes journées au musée c'était lecture à une table ou, tout à fait génial mais pas très formateur, passer mon temps à boire du maté, des jus de fruits et à grignoter des biscuits avec mes collègues derrière le bureau d'accueil (en fait, j'ai compris que si les bureaux sont aussi grands, c'est pour cacher toute les réserves de nourriture des employés...).
Et oui le directeur qui restait dans le bureau de l'admin en haut m'a tout simplement abandonnée dès le premier jour et prenait un air impatienté à chaque fois que je venais errer près de lui en quête d'une tache quelconque...Il m'avait fait miroiter ma participation à la préparation d'évènements culturels ayant lieu au musée quelques soirs par semaine mais rien ne venait. Jusqu'à un beau jour où j'ai compris que cela se résumerait à imprimer des articles de presse, à faire des photocopies et des mailing lists...
Adios Gardel, adios tango! Prefiero las milongas!
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