mercredi 14 avril 2010

Le Bafici ou l'orgie du cinéma

Le jeudi 8 avril s'est ouverte la 12ème édition du festival international du cinéma indépendant à Buenos Aires. Durant 10 jours, jusqu'au dimanche 18 avril, 422 films sont projetés dans des cinémas de toute la ville. Des films venant du monde entier, contemporains et en général d'une grande qualité, primés à Cannes ou ailleurs, dont beaucoup de documentaires et de films expérimentaux produits par des nouvelles générations de cinéastes fraîchement sorties de leurs écoles.
http://www.bafici.gov.ar

C'est la folie furieuse! En général, il y a environ trois projections par film. Perdue dans la jungle des films, réalisateurs, pays et écoles.. et pressurisée à l'idée d'une prog de plus de 400 films en 10 jours, j'ai cherché comme tout le monde des critiques pour savoir quels étaient les films incontournables, après j'ai mixé avec des films argentins, chiliens et d'ailleurs en fonction de mes envies. Y'en a vraiment pour tous les goûts de toute manière.

Au final, j'ai acheté 21 places (il faut rappeler le prix dérisoire comparé aux prix européens pour des films d'une telle qualité : 10 pesos sur internet soit moins de 2 euros...) et depuis jeudi dernier, je passe ma vie au cinéma.

Déjà vu la moitié, soit dix films dont je vous donnerai un "bref" commentaire qui vous donnera peut être envie d'en voir certains:

- Vincere: film italien sur l'amante (Ida) et le fils cachés de Mussolini, montre les débuts et l'ascension de Mussolini puis la lutte désespérée de Ida pour faire reconnaitre son fils et qui finit dans un asile psychiatrique sous l'ordre de Mussolini. Mêle des extraits de vidéos de l'époque montrant Mussolini devant des foules en liesse. Vraiment très bien! Est passé en France il n'y a pas longtemps, passe peut être encore.

- Ajami: film israélien se déroulant dans les territoires palestiniens, croisant diverses vies et histoires dramatiques où la débrouille, le trafic, l'absence d'avenir et la tension permanente entre communautés juives et musulmanes mène à des situations tragiques. Beauté aussi des liens de solidarité et d'amour.

- 36 vues du Pic Saint-Louis: je suis arrivée à la bourre car j'avais pas fait gaffe que le film passait à perpète-les-oies. C'était pas une grande perte! Un film français (tiens donc!)exactement dans cette veine qui se veut pseudo-philosophique-existentielle du genre où vais-je? qui suis-je? je ne sais pas ce que je pense, ce que je ressens... avec une Jane birkin passée la soixantaine qui se la joue encore petit oiseau meurtri effarouché... qu'un italien en vadrouille va sauver et ramener à la vie... L'"humour français" vaseux en prime...

- Using: un documentaire chinois cru et difficile sur un drogué vivant à Canton, qui n'arrive pas à s'en sortir, et sur sa compagne, qui, de même, n'arrive pas à le quitter. Hélas, peu d'infos globales et peu d'images de Canton, on est enfermé avec le couple durant une grande partie du film. Mais bon, illustre une partie de cette population chinoise restée sur le bord de la route du progrès et de la modernisation.

- El ambulante: film documentaire argentin sur le travail d'un réalisateur-artisan itinérant qui réalise un film sur chacun des pueblos perdus d'Argentine où il se rend. Comique et touchant. Le documentaire montre comment il monte et tourne un film dans un de ces pueblos, Benjamín Gould. Pour les habitants de ces villages, la venue de ce réalisateur est un véritable évènement, en même temps incompréhensible au début, car personne ne s'intéresse à leur bled paumé. Tout le monde participe et en général chacun joue son propre rôle, la projection finale dans la mairie du village est un grand moment d'émotion. Comme pour beaucoup de films de la sélection internationale, le réalisateur était présent dans la salle de ciné et est venu parler à la fin, il n'a pas pu s'empêcher de verser quelques larmes.

- Red Dragonflyies: très beau film de Singapour, essentiellement contemplatif, montrant trois enfants marchant le long d'une voie ferrée abandonnée dans les forêts luxuriantes de Singapour et une jeune artiste rentrée de New York et retrouvant un ancien camarade de lycée. Des très belles images, à la composition harmonieuse rappelant l'art des estampes japonais, des plans fixes sur l'eau, les reflets, la musique de la pluie... Sur l'enfance, les souvenirs, le temps qui passe, à partir d'une vidéo que le réalisateur a retrouvé d'une excursion qu'il avait fait avec sa classe.

- La Pivellina: film italien très touchant et mystérieux. Une femme d'âge mûr aux cheveux rouges, à la recherche de son chien, trouve une petite fille Asia de trois ans abandonnée sur une balançoire et la ramène dans sa roulotte. Elle, son compagnon qui travaille comme clown et un neveu dont on ne saura jamais où sont les parents, prennent soin d'elle. Une famille de circonstance, aux pièces rapportées si on veut, se forme autour de cette petite fillette juste trop choue. Une incertitude plane sur le retour de la mère qui a laissé une lettre. Montre aussi une Italie des banlieues et populaire sans lieu précis.

- Lo que más quiero: joli film argentin sur les incertitudes et les expériences de la jeunesse. Une jeune comédienne de Buenos Aires, à l'occasion d'une pause avec son petit ami au bout de 4 ans ensemble, décide d'aller rendre visite à une amie vivant dans le campo au Nord-ouest de l'Argentine et venant de perdre son père bucheron (enfin il semble). Bien filmé, des scènes de dialogue comiques qui illustrent bien ce qui se passe dans la vie réelle, des moments d'attente, de silence. Après, j'ai trouvé l'histoire un peu facile. D'un point de vue culturel et extérieur, le film illustre tout cet imaginaire sur le campo comme lieu authentique et de liberté face à la métropole chaotique de Buenos Aires.

- La bocca del lupo: autre film italien (et oui, j'aime bien les films italiens) spécial, troublant. Il mêle deux histoires, la petite et la grande. La petite, basée sur une histoire vraie et d'aspect documentaire, est celle de l'amour profond et durable né en prison entre un sicilien et un transexuel et qui perdure malgré dix ans de séparation (un des deux reste en prison) et s'entretient par des cassettes que les compagnons enregistrent et s'envoient. La grande est celle de la ville de Gênes, à partir de vieilles vidéos montrant des destructions d'édifices, des chantiers, le départ d'un navire, des gens à la plage, la vie nocturne...suscitant ce sentiment de dépossession troublant face à l'évocation mélancolique du passé. Narration en voix off souvent, poétique et un brin philosophique.

- El general:j'ai choisi ce film-docu mexicain dont l'espoir de me faire une culture politique car il a été réalisé par la petite-petite fille du général révolutionnaire Plutarco Elias Calles (1877-1945) qui a présidé le Mexique de 1924 à 1928, wiki...et a continué à dominer la vie politique mexicaine de l'époque sous le titre de "maximato". Figure controversée, il a mené une révolution ouvrière et populaire et a dirigé ensuite d'une manière autoritaire en menant notamment des massacres des révoltés religieux à la fin des a20... Une illustration des problématiques politiques de l'Amérique latine au 20ème siècle. Mais en fait, le docu est d'abord une réflexion sur l'impossibilité d'une reconstruction objective du passé et une tentative pour la réalisatrice de retrouver la personnage de son arrière-grand-père à partir d'un enregistrement vocal fragmentaire de sa grand-mère. Il mêle beaucoup d'images du Mexique contemporain, des interviews de petits commerçants expliquant qu'ils se transmettent leur métier de génération en génération...En bref, l'ombre du passé sur le présent, l'idée que rien ne change vraiment, toujours la même histoire des peuples derrière les battements de la macrohistoire.

Bon, en fait comme d'hab, c'est long. La suite dans quelques jours!

3 commentaires:

  1. Comment oses tu dire du mal de Jane Birkin??!!
    Lou

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  2. en plus, je la connais presque pas...! mais pour le peu que j'ai vu, ca m'a pas donné envie d'en savoir plus. Après tout, elle vient de l'autre côté de la manche non?

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  3. Son cœur est français depuis lgtps. Cette femme est une icône

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