
Si les cariocas, les habitants de Rio ont surnommé leur ville « Cidade maravilhosa », ce n’est vraiment pas sans raison ! Cité merveilleuse, cité des merveilles, dans tous les sens on peut le dire, jusqu’à l’origine latine du mot « mirabilia » désignant une chose si peu ordinaire qu’elle en devient surnaturelle ou miraculeuse. De même que dans les contes médiévaux, le merveilleux n’était jamais loin de l’étrange et de l’inquiétant, à Rio, l’envol euphorique hors du réel côtoie des retombées tout aussi rapides dans les réalités les plus crues.
Ironiquement, la ville s’est choisie pour symbole la statue du Christ Rédempteur. Du haut de ses 38 mètres et perchée sur les 710 mètres du mont du Corcovado (bossu en portugais), la statue domine la ville en une vision panoramique vertigineuse. Déjà au XVIème siècle, les colons portugais ne s’étaient pas trompés qui avaient d’abord baptisé le Corcovado « Pináculo da tentação » ou « le pinacle de la tentation ». Le regard divin plonge d’abord dans la mare urbaine en contrebas, se noie dans la verdure enserrant les différents quartiers de la ville, puis grimpe avec les favelas dans les collines, ricoche sur les îles et le Pão de Açúcar du littoral, pour venir se perdre définitivement dans l’infinie bleutée de l’océan. Une perle, un joyau de beauté en somme qui s’apprécie entre autres du haut de points de vue époustouflants. Bref, une ville qui a de quoi ravir les esthètes!


Curieux protecteur que ce Christ enlaçant, dans un même mouvement, les centaines de favelas perchées dans les montagnes, les tours du centre et les plages de Copacabana ou d’Ipanema! Curieux témoin muet des foules en délire dansant sur les rythmes endiablés des chars de samba ! En même temps, un message de partage et de communion jamais aussi fort que dans les rues au moment du carnaval. En rappelant qu’une fois il a racheté les pêchés du genre humain, le rédempteur offre-t-il aux brésiliens de l’espoir à chaque lever de soleil? Peut-être est-il seulement un symbole infini du silence divin, tout autant omniprésent que majestueusement isolé sur son Corcovado.
Paradoxe encore que ce vestige d’un projet démentiel comme seuls les colons ont pu les concevoir. Né dans la deuxième moitié du 19ème siècle, le projet avait échoué avec l’avènement de la République en 1889 et la séparation de l’Eglise et de l’Etat. L’idée est relancée en 1921 à l’occasion des commémorations du centenaire de l’indépendance du pays. L’Eglise est alors soucieuse de réaffirmer son influence au Brésil. La statue est inaugurée en 1931.
Quand j’ai aperçu la statue du Christ dans le bus menant de l’aéroport au centre-ville, j’ai eu comme un choc visuel. « Mais, je le connais, c’est lui ! ». En fait, j’ai réalisé brusquement que je ne savais même pas qu’il était à Rio ou même comment je l’avais découvert. Des images du film « Roméo et Juliette » de Baz Luhrmann me sont alors revenues à l’esprit, qui ne m’ont plus quittée ensuite. J’ai eu cette impression trouble que l’on ressent parfois face à quelque chose que l’on découvre pour la première fois mais qui nous semble pourtant familière. Pour ceux qui s’en rappellent, peut-être qu’il pourront confirmer car je n’arrive pas à vérifier sur internet, je crois qu’au début, il y a une prise en plongée qui tourne très vite autour de la statue du Christ et de la ville, en même temps qu’on entend un orgue et des chœurs d’église. J’avais été marquée par cette scène, et même, j’avais beaucoup aimé ce film (bon ok, c’était aussi ma période Di Caprio…). Même si l’histoire est transposée à Verona Beach, le rythme saccadé du film, l’ambiance carnavalesque, les contrastes et la violence des gangs dans le film représentent assez bien une part de ce que l’on peut ressentir et voir à Rio. En tout cas, dans le bus, j’ai été prise de vertige. Tout de suite, j’ai compris que Rio était une de ces villes fortes qu’une fois découvertes, l’on ne pourra jamais oublier. Je ne regrette pas de n’avoir rien préparé de mon voyage avant de partir car ainsi j'ai été pleinement frappée par l’effet de surprise.
Sais-tu danser la Carioca?
RépondreSupprimerT'écris bien Lucie!
besitos
Lou
Lol!!! Youpi! Dansons la carioca! C'est bien, faisez tous comme moi!
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